Archive de la catégorie ‘De Historia’

24
août

Construire au Moyen-âge.

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Le carnet de Villard de Honnecourt, maître d’oeuvre et dessinateur du XIIIème siècle, est un témoignage très précieux composé de notes et de croquis. Le texte y évoque un certain nombre de problème d’ordre technique qu’a rencontré son auteur et les solutions envisager par cet homme pour y répondre.  On peut supposé aussi que ces croquis ont pu servir à expliquer un certain nombre de choses à ses ouvriers.

Ce carnet est visible à la Bibliothèque nationale de France, et une page internet lui est entièrement dévolue. A travers celle-ci, vous pourrez découvrir plus largement le thème de cette article et surtout de manière plus ludique. N’hésitez donc pas à vous y rendre.

Le rôle du maitre d’oeuvre.

Nous avons déjà expliqué dans le précédent article, Les unités de mesures des bâtisseurs et leurs outils au Moyen-âge, qu’à la période qui nous occupe on ne parle pas d’ouvrier mais d’oeuvriers. Le maitre d’oeuvre est donc celui qui commande à l’ensemble des personnes qui travaillent sur le chantier. Il maitrise totalement la géométrie et les calculs, qu’il tient des compétences héritées des Grecs et des Romains aussi bien que des apports des contacts des Croisés avec les Maures, qui eux-mêmes détiennent leurs compétences en mathématiques des Chinois.

C’est auprès de lui que chaque ouvrier vient prendre les mesures de référence pour fabriquer sa pige (réglette de mesure) afin que tout le monde ait bien les mêmes quotes. C’est cet homme qui vérifie la bonne conformité du travail de chacun.

Pour effectuer ces tracés, il utilise des formes géométriques simples comme le carré ou le carré long (l’ancêtre de notre rectangle), et le triangle pour ce qui concerne les élévations.

Les formes géométriques à la base de la construction médiévale. (source Mesurer et tracer au Moyen-âge – Guédelon chantier médiéval).

Le carré ( dit 3/3/3/)sert à former des salles, des tours mais si on utilise notre corde à noeud pour le tracer, on constate que notre carré fait trois intervalles de côté. Cette proportions va servir également à élaborer des fenêtres, des portes…

Si on trace les deux diagonales de ce carré, elles se coupent en son milieu : à partir de là, il est facile de tracer un cercle  qui passe par les quatre angles. Ce tracé permet de construire une voute dans une salle ronde grâce au report des diagonales, toujours en utilisant notre corde à noeuds.

Ajoutons aussi que le faire pivoter permet d’obtenir un losange qui peut être utiliser pour la taille de vitraux, la déco … etc.

Le trapèze (dit le : 5/2/3/2) est utilisée pour faire les escarpes

Le rectangle (dit  le : 2/4/2/4) est la base même de toute construction, notamment des salles. En utilisant plusieurs fois le principe pour la voute du carré, on peut aussi concevoir une nef.

Tout est entièrement géométrique. La corde à noeud permet à deux bâtisseurs de reporter des angles  facilement.

Grâce au triangle 3/4/5,  notre triangle rectangle, on obtient des angles de 90°, 37° et 53°.  On utilise, entre autres, l’angle de 90° pour s’assurer de la solidité des charpentes. Cela permet aussi de s’assurer mathématiquement de la perpendicularité d’un mûr.

Le triangle isocèle 2/5/5 ( soit 78°, 24°, 78°) correspond à la forme des clochers des Eglises. Il permet aussi par rapport au plan d’obtenir un angle de 102°.

Le triangle équilatéral 4/4/4 a trois côté égaux et sert dans la construction des tours.

Le cercle est la base des salles rondes :  on utilise également la corde à noeuds comme un compas en utilisant la boucle de son extrémité sur un axe planté dans le sol. Le cercle est la base de l’hexagone  sur laquelle on a reporté les longueurs grâce aux intervalles de la corde.  On utilise le cercle pour les décors de sols comme les labyrinthes très prisés pour faire pénitence à genoux. Les demi-cercles sont aussi utiles pour concevoir les arcs dits de plein-cintre.

Pour résumer tout ça simplement un château fort c’est,

- des triangles pour les toits,

- des rectangles pour les tours,

- des trapèzes pour les escarpes,

- des carrés pour les courtines.

Comment bâtit-on au Moyen-âge?

On trace dans un premier temps l’ouvrage au sol, à partir des croquis du maitre d’oeuvre et on constitue ensuite les gabarits en retraçant sur une planche de bois à l’échelle.  Avec des formes géométriques simples et des calculs basiques, il semble si facile de réaliser tout cela… pourtant, aujourd’hui encore nous rencontrons des difficultés à construire de cette façon car nous avons perdu ces compétences.

Il existe ainsi des techniques relativement simples pour éviter d’avoir à reprendre des mesures lorsqu’on a du pour des raisons financières laisser un certain temps un chantier à l’abandon. Pour monter par exemple deux piliers à la même hauteur, Honnecourt nous explique qu’il suffit d’utiliser une toise placée à distance égale de la base des deux piliers. On fait pivoter celle-ci d’un pilier vers l’autre : lorsque celle-ci touche le second on sait exactement de combien le rallonger. (voir l’animation sur le site de la B.N.F.).

L’arc brisé est tracé à partir de deux arcs de cercle de même rayon qui se rencontrent à la clef . Il a été un des facteurs de la standardisation de la construction car on peut utiliser les mêmes courbures pour des arcs d’hauteurs et de portée différentes dans une même constructions. Cela permet d’économiser du bois de charpente en évitant de refaire des gabarits qui, pour les plus importants, sont conservés vraisemblablement d’un chantier à l’autre par les artisans.

J’vous invite vraiment à voir les animations proposées sur le lien de la B.N.F. que je vous ai donné, car elles expliquent de façon ludique un certain nombre de choses qui seraient rasoirs si je m’évertuais à les écrire. Il suffit de se rendre ici : http://classes.bnf.fr/villard/pres/index.htm et de vous rendre sur l’onglet exploration.

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Vaste questionnement que celui de la vie des bâtisseurs du Moyen-âge et leurs techniques. Un seul article ne suffirait probablement pas à satisfaire votre curiosité dans ce domaine tant nous sommes aujourd’hui encore admiratifs devant leurs ouvrages que nous serions bien incapable de reconstruire actuellement à l’identique bien que nos moyens techniques aient grandement évolués.

Au Moyen-âge, on ne parle pas d’ouvriers mais d’oeuvriers : chacun dispose de missions spécifiques sur le chantier par rapport à son savoir faire. On trouve ainsi des carriers, des tailleurs de pierre, des maçons, des morttelliers (qui fabriquent les différents mortiers), des manœuvres (ouvriers non spécialisés chargés du gros œuvre), des charpentiers, des sculpteurs, des forgerons, des bourreliers … Bref, l’ensemble des corps de métiers locaux est mobilisé pendant plusieurs années lors des constructions.

Comment tout ces gens parviennent-ils à travailler ensemble à un ouvrage si grandiose qu’un château fort ou une cathédrale alors que la plupart d’entre eux ne savent ni lire ni écrire, voir ne parle même pas parfois la même langue ? Nous allons dans un premier temps voir les outils et les unités de mesure utilisés puis nous verrons comment on les utilisait de manière plus précise.

Il est important de comprendre qu’il n’y a pas de mesure standard, mais des unités utilisées par certains corps de métiers et pas d’autres… Sur les chantiers, on utilise plutôt le pied et la coudée tandis que le drapier mesurera en aune et en toise par exemple. Pour les liquides, certaines régions comptent en barriques, d’autres en pintes. Les valeurs de ces unités varient en plus d’une région, voir d’une ville, à l’autre : l’aune valait ainsi 0.67m à Bourges, 1.18m à Paris et 1.43m à Laval.

Par ailleurs, pour mesurer sur le chantier, on utilise pas le système métrique décimal que nous connaissons actuellement car il a été standardisé au XVIIIème siècle (1dm = 10cm =100mm ), mais un système duodécimal hérité des Romains. Dans ce système, 12 se divise par 2, 3, 4, 6.

Les unités de mesure au Moyen-âge.


La plus petite unité est la ligne : elle correspond au diamètre d’un grain d’orge soit environs 2.25mm. Selon les régions, les années de récoltes, les mesures vont donc être extrêmement différentes d’une construction à l’autre. Sur les grands chantiers qui durent plusieurs décennies, on peut même parvenir dater les portions de construction grâce à cela.

Il faut douze lignes pour faire un pouce, soit environ une distance de  27mm.

La paume est la distance de la base du pouce à la base du petit doigt.

La palme est la distance du bout de l’index au bout du petit doigt.

L’empan est la distance du bout du pouce au bout du petit doigt.

La coudée est la distance du bout du majeur à la pointe du coude.

Le pied est égale à 12 pouces, soit 324mm ou 3.24cm.

La toise est égale à 6 pieds, soit 1944mm ou 19.44m

Les mesures varient indubitablement d’un lieu à l’autre, pour éviter tout problème de construction, les bâtisseurs utilisent les mesures du maitre d’oeuvre ( responsable de chantier de l’époque). Tous les oeuvriers se conforment à la pige de référence de celui-ci en reportant les marques sur leur propre outil de mesure. Ainsi, même si on ne communique pas tous de façon identique, on est tous d’accord sur les mesures de la construction. Ce système de mesures prises sur le corps permet de mimer clairement ce qu’on veut lorsqu’on est trop loin pour parler ou qu’on ne peut pas se comprendre.

Les outils des bâtisseurs.

Nous avons évoqué plus haut la pige, est une réglette sur laquelle on a reporté les mesures du chantier. Mais elle n’est pas le seul outil important pour le bâtisseur. On utilise des piges variant du pouce à la coudée, parfois à la toise pour les mesures les plus grandes.

Tous les tracés sont effectués avec la corde à 13 noeuds, qu’on utilise depuis les Egyptiens pour effectuer les tracés géométriques et reporter les mesures. Il s’agit d’une cordelette séparées en 12 intervalles réguliers, le dernier noeud formant une boucle. En général, chaque intervalle mesure une coudée mais peu importe la taille de la corde tant que les espaces entre les noeuds sont bien réguliers.

L’équerre en métal sert à vérifier les angles, soit l’angle droit d’une pierre taillée soit l’angle de deux murs. Elle est forgée et non graduée.

Le compas, hérité de l’Antiquité, sert aussi bien à tracer des cercles qu’à reporter des distances ou les comparer. On en trouve de différentes tailles sur les chantiers et le modèle le plus répandu est le compas à charnière. On utilise aussi un compas de tour, beaucoup plus grand, pour tracer le contour des pièces rondes.

Le cordeau est utilisé par les charpentiers et les bucherons principalement. Une fois les mesures reportées au compas, on tend cette cordelette de chanvre épaisse enduite d’une substance semi-liquide colorante et on l’attache ou on la tient à chaque extrémité. En tirant sur le milieu, on va marquer le bois. Ensuite, il reste à suivre le trait pour tailler droit.  Les maçons les utilisent aussi pour vérifier la verticalité et l’horizontalité d’un mur : ils suivent cet outil pour maçonner et poser les pierres, celles-ci devant effleurer la cordelette pour être alignées.

Pour effectuer des tracés, on utilise des pointes de marquage sur la pierre ou le bois et/ou des mines de plomb si on a les moyens car elles sont plus fragiles. On peut aussi utiliser de l’ocre et du charbon.

Pour vérifier l’horizontalité, on utilise un archipendule : c’est l’ancêtre de notre niveau à bille actuel. Il s’agit en général d’un triangle rectangle, une encoche est faite au centre de sa base et un fil à plomb est attachée à son sommet opposé à l’hypoténuse. Pour qu’un objet soit droit, le plomb doit arriver au niveau de l’encoche.

Pour vérifier la verticalité, on utilise un fil à plomb. Il se compose d’une ficelle plombée à son extrémité. Le plomb doit venir effleurer la construction pour que celle-ci soit verticale.

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Albi au patrimoine mondial de l’U.N.E.S.C.O.

Vous n’aurez sans doute pas manqué d’entendre dans l’actualité que la ville d’Albi (Tarn) est entrée au patrimoine mondial de l’U.N.E.S.C.O. il y a quelques jours. Pour ceux qui ont loupé l’info, voici le reportage sur BFM TV.

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Vous avez pu observer sur ces différentes prises de vue, outre les caractéristiques briques rouges typiquement localisée dans les régions du sud, un style gothique particulier dit gothique méridional. Je saisis donc l’occasion d’avoir des supports visuels pour vous en toucher un mot…

Mot qui aurait pu ne pas avoir lieu, si la cathédrale avait été détruite comme il était prévu de le faire en 1792 par le département du Tarn, pour en finir avec les superstitions. Que n’aurait-on pas perdu là sans l’intervention de l’ingénieur Jean-François Mariès qui est intervenu auprès du ministre…  Il s’agit d’une adaptation locale typique de certains traits du style gothique du nord comme il n’y en a nulle part ailleurs.

On peut identifier ce style grâce à son plan à nef unique, et la présence de chapelles latérales entre les contreforts. L’absence d’arcs-boutants et de sculpture, les puits lumineux de dimensions limitées sont aussi des caractéristiques notables.

L’ensemble dénote une certaine sobriété que n’ont pas les ouvrages gothiques contemporains du nord. Rappelons-nous que l’art roman a perduré plus longtemps dans la région, et que le gothique s’y est distillé lentement. On peut imaginer d’une part que les moyens financiers des seigneurs n’étaient pas les mêmes, et d’autre part que l’hérésie cathare et les massacres qui s’en sont suivis ont fortement influencé l’architecture puisque le nord a pillé le sud. Il est aussi évident que la nef unique permet de s’assurer du suivi par les fidèles des cérémonies, et probablement aussi de marquer dans le lieu même la nécessaire repentance de ces derniers. Il s’agit également de montrer la puissance des évêques locaux.

Plan de la Cathédrale Sainte-Cécile, Albi

Visite virtuelle de la cité :

Une visite virtuelle complète et très belle est disponible. Histoire de vous donner envie de vous arrêtez si vous passez par là.

C’est ici

Albigeois, synonyme de Cathares?

Le terme d’Albigeois, pour désigner les Cathares, semble avoir été employé pour la première fois en 1181, par Geoffroy de Vigeois dans sa Chronique. Pourtant, il ne semble pas qu’il y en est eu plus à Albi qu’ailleurs dans la région.

Le peuple d’Albi a délivré au début du XIIème siècle quelques hérétiques que l’évèque de la ville, Sicard, avait tenté de faire brûler. Il semblerait également que l’évèque de Narbonne et quelques évèques se soient présentés dans la région d’Albi  pour parlementer avec les Cathares locaux, et que le terme_ bien que non péjoratif_ ait été conservé en souvenir de son échec. Il est vraisemblable que le colloque de Lombers en 1176 ait renforcé cet usage.

N’oublions pas de rappeler au passage, pour la forme, que l’Eglise n’a pas décidé brutalement du jour au lendemain de cramer tout le monde dans le coin et d’y envoyer les seigneurs du Nord, mais qu’elle a dans un premier temps essayé de discuter pendant plusieurs années. Ceci n’excusant biensûr pas cela, mais il s’agit simplement d’une précision et d’une remise en contexte. Le catharisme représentait un vrai risque de fracture sociale sur le plan religieux et politique, ce qui explique l’intervention des seigneurs au final.

Néanmoins, pour en revenir au sujet qui est le notre, le terme d’ Albigeois est largement repris dans les écrits contemporains des faits et postérieurs pour qualifier les bons hommes, les parfaits cathares. Encore aujourd’hui, on parle d’hérésie albigeoise pour évoquer le catharisme.

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Nous avons vu dans l’article La naissance de la féodalité que l’opposition entre les comptes et les évêques locaux joue un rôle prépondérant dans l’organisation juridique et sociale lors de l’effondrement de l’Empire romain. Il est donc logique de poursuivre ma synthèse du hors-série Histoire et Images médiévales sur les Mérovingiens par une réflexion sur ce thème. Je m’appuie également sur les chapitres IV et V du livre L’Antiquité romaine de Catherine Salles, édition Larousse In extenso.

L’Empire romain : la ou les religions ?

Les dieux sont présents dans chacune de leur action, et l’homme doit concilier les bonnes grâces des uns et des autres à travers ses actions. La religion légitime l’ordre politique par l’appui des dieux, c’est pourquoi les pratiques religieuses sont rarement modifiées et jamais supprimées. L’Etat, et les hommes religieux qu’il a mis en place, est perçu comme un médiateur entre l’humain et le divin.

Pourtant, rappelons qu’en matière de religion, les Romains étaient relativement ouverts et enrichissaient volontiers leur propre panthéon en adoptant des dieux subalternes des pays conquis en plus de leur propre triade capitoline ( Jupiter, Junon, Minerve). Ainsi, Teutatès (notre fameux Toutatis, pour les lecteurs de la célèbre  B.D. ) est associé à Mars, par exemple. De même, un culte romain a la déesse égyptienne Isis est aussi mis en place. Le culte de Cybèle est arrivé à Rome après la seconde Guerre punique.

A  priori, les Romains autorisent donc un certain nombre de cultes étrangers ce qui facilite l’assimilation des nouvelles populations tant que le mysticisme et l’individualisme ne prennent pas une trop grande proportion dans ces cultes.

Le panthéon romain n’a que faire des petites préoccupations des hommes : les principales différences entre ces nouvelles religions et les croyances officielles résident généralement dans la forme monothéiste du culte, la tentative de réponse aux grandes questions humaines, la notion d’initiation aux mystères, et surtout dans la promesse d’une vie après la mort pour les initiés.

Le christianisme va poser aux autorités romaines un problème d’assimilation dans la mesure où les Chrétiens ne peuvent vénérer qu’un seul dieu, le leur. De fait, en refusant d’adorer les dieux traditionnels les Chrétiens peuvent attirer la vengeance divine sur l’ensemble de l’Empire. De plus, ils refusent également le culte de l’Empereur : ils sont donc coupable de lèse-majesté.

On leur reproche également au passage d’un certain nombre de comportements asociaux comme le refus des divertissement, le dénigrement de l’esclavage et bon nombre de rumeurs, telle l’anthropophagie.

Les empereurs compte sur le culte impérial pour renforcer la cohésion sociale pendant la crise qui mènera à l’effondrement de la puissance romaine d’où les nombreuses persécutions jusqu’au IV ème siècle. En 391, Théodose Ier interdit le paganisme et tous les habitants de l’Empire doivent être chrétiens. Une grosse répression anti-païenne se mets en place des villes vers les campagnes notamment. Toutefois, les invasions barbares importent avec elles leur culte païen et notamment aryen… jusqu’au fameux baptême de Clovis en 496.

De la secte chrétienne à la religion d’état.

Nous avons tous, du moins pour ma génération, entendu parlé à l’école du baptême de Clovis. Non seulement celui-ci a épousé une chrétienne et fait baptisé ses deux fils pour améliorer ses relations avec l’épiscopat gaulois influent après la chute de l’empire, mais il a même fini par renoncer au culte des idoles et au paganisme par le baptême sous l’influence de l’évêque de Reims, Rémi.  Se faisant, il s’assure un appui politique majeur sur ses territoires conquis. Il légitimise ainsi la dynastie mérovingienne face aux autres tribus et surtout obtient l’appui des évêques en place.

En théorie, les évêques mérovingiens sont normalement choisis conjointement par l’Église et le peuple, puis ce vote est soumis à l’accord du roi. En réalité, on fait très bien que le roi joue un rôle prédominant dans le choix, ce qui lui permet  une influence à l’échelle nationale sur l’Église. A cette époque, l’influence papale est encore balbutiante : il ne participe pas au choix des évêques, la liturgie n’est pas unifiée ce qui laisse le libre cours au pouvoir civile. Ce n’est qu’à partir du concile de Paris en 615 que les premières règles en matière d’élection sont posées : le peuple est écarté, le clergé devient alors le seul organisateur des élections sous réserve toujours de l’accord du roi.

Les manipulations sont très fréquentes même si l’évêque ne peut pas nommer son successeur ni être destitué de son vivant. Une élection demandant un certain pouvoir et entrainant des frais, seuls les plus aisés peuvent prétendre à cette fonction. Dès 452, au concile d’Arles, on a conscience que l’évêque doit être nommé dans la ville où il va exercé afin d’assoir son autorité. Une grande cérémonie est organisée où l’on présente l’élu à l’ensemble de la population. Si personne ne voit d’inconvénient à son élection, on procède au sacre. Son autorité s’exerce sur le diocèse jusqu’à sa mort, même s’il est exilé.

Les rois mérovingiens ont absolument besoin du soutien de l’élite locale : une sorte de triangulaire entre Eglise, pouvoir civil et aristocratie locale s’établit donc progressivement, où chacun ménage l’autre en tendant de sortir son épingle du jeu.

Les missions de l’évêque.

Il gère le culte, la culture, les biens et les terres de l’Eglise sur son diocèse. De fait, il s’oppose souvent aux intérêts du comte local investi par le roi, notamment lorsque celle-ci fait pression en terme de fiscalité sur les clercs locaux. Rappelons aussi que le droit d’asile rentre en conflit direct avec les prérogatives judiciaires du compte. L’évêque se déplace ainsi de cours en cours et dans les différents conciles.

Il régit la construction des monastères et des églises sur son domaine, veille à l’instruction du clergé, administre les sacrements, lutte contre le paganisme et les hérésies.

On attend de lui également qu’il s’occupe des pauvres, des malades et des orphelins en créant des orphelinats ou des léproseries. Le diocèse tient un décompte précis des nécessiteux et pourvoie à leur survie.

La diffusion du christianisme

Si la France est essentiellement catholique sous Clovis, elle l’est très inégalement et les évêques mérovingiens jouent dans la christianisation du pays un rôle prédominant. Leur mission essentielle est de diffuser la culture chrétienne dans la société gallo-romaine dominée par l’aristocratie franque.

Si le christianisme se diffuse particulièrement bien en ville, la majorité des gens vivent à la campagne : les évêques ont donc un rôle de missionnaire largement mentionné dans les Vitae, qui consiste à faire disparaitre les cultes païens animistes. Le culte des saints régionaux et des reliques joue un rôle très important dans cette volonté de substitution, ainsi que le remplacement des fêtes païennes par les fêtes chrétiennes.

Petit à petit, les évêques vont déléguer certaines de leur prérogatives, notamment les sacrements ou l’enseignement sur place afin d’étendre cette diffusion massivement. La boucle est bouclée pour nos cultes païens traditionnels mais fort heureusement ceux-ci restent profondément marqué dans les pratiques du plus grand nombre si bien qu’on parvient a en trouver quelques traces encore aujourd’hui.

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14
juil

La naissance de la féodalité.

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Les invasions barbares, les turbulences aux frontières, la lutte idéologique et religieuse entre vestige du culte de l’empereur, panthéon romain, christianisme et paganisme, contribuent à nous faire croire à un début de Moyen-âge sinon bordélique, au moins très confus.  Le flou sur la période, et l’absence de travail historique pendant longtemps qui en est à l’origine, nourrit largement ce préjugé.

A partir de l’exellent hors-série Histoire et Images médiévales sur les Mérovingiens, très poussé et richement illustré et documenté, on peut déjà effectuer une synthèse qui débroussaille un peu notre méconnaissance de cette période.

Il est de notoriété publique que la répartition des pouvoirs entre les seigneurs locaux divisés et instables représentants la royauté et les hommes d’église locaux, la féodalité n’est pas née dans la dentelle.  Essayons un peu de voir d’où viennent les influences des différentes force en présence et comment s’est fait la transition après l’Empire romain.

Les vestiges de l’administration romaine.

Pour mémoire, rappelons que l’administration de l’Empire lors de sa chute repose sur l’envoi de proches de l’empereur, et notamment des aristocrates qui ont accès aux postes de hauts fonctionnaires. Ils sont responsables notamment de l’administration de l’Etat, des biens de l’Empereur et de la fiscalité.  On les nomme les comites.

Rappelons également que le propre de cette civilisation a été de diffuser massivement son modèle culturel et politique en s’appuyant sur l’aristocratie locale. On estime que les comtes sont apparus en Gaule à partir du milieu du Vème siècle dans des villes stratégiques commerçantes ou des points-clefs. Lors des bouleversements de la fin de l’Empire, Rome envoie des comites pour la représenter dans les curies locales qui sont alors soient désertées par les élus soient utilisées pour abuser par l’aristocratie locale. Les comites ont donc un rôle de juge visant à maintenir la cohésion social.

Très vite, on a confié les mêmes missions aux peuples locaux romanisés comme les Wisigoths ou les Burgondes puisque l’Empire est grand. On trouve ainsi la trace dans les textes de loi des Wisigoths, mis par écrits sous l’influence des jurisconsultes romains, du statut de judex.

Les Francs ont tout simplement conservé le système juridique local en se substituant progressivement aux autorités romaines et en important ce fonctionnement à l’ensemble de leur territoire.  On trouve ainsi également mention du statut de judex dans le canon 4 du premier Concile d’Orléans, qui a eu lieu en 511.

Les missions des comtes.

Il semble que les missions des comtes soient clairement établies au VIème siècle puisque celles-ci sont largement évoquées à travers l’opposition comte /  évêque dans les textes, notamment biographiques. Il est évident que ces textes sont à prendre avec des pincettes, néanmoins ils restent assez parlants.

Cette opposition semble être la conséquence du fait que les évêques et les comtes sont plus ou moins issus du même milieu social puisqu’à cette époque les roturiers ne peuvent rentrer en prêtrise. Les évêques sont restés très influents car ils ont souvent pallier aux manques de l’institution en prenant le relai de celle-ci, ou protéger les locaux de l’élite. Il y a donc lutte locale entre les comtes, représentants du pouvoir royal et les évêques, représentants du Pape.  C’est principalement les villes qui sont le théâtre de celle-ci.

A partir du VIème siècle, le privilège de l’immunité interdit aux civils toute influence sur les biens ou sur les comtes de l’Eglise. La majorité des villes étant épiscopales, le comte est le plus souvent gestionnaire d’un territoire rural sur lequel il est chargé de représenter la loi. Il se déplace régulièrement pour rendre la justice selon la loi locale, aussi est-il suivi par un certain nombre de conseillers.

Il a aussi pour mission d’assurer la paix sur les terrains à sa charge, et donc mobiliser les troupes nécessaires à sa défense notamment aux frontières.

Il gère la fiscalité directe et indirecte et doit contribuer au trésor royal. Cette dernière mission est particulièrement complexe car il n’existe pas encore d’organisation précise pour cela.

Une fonction obtenue par le mérite.

Après la chute de l’Empire, les élites barbares fortement imprégnées de culture et du système des Romains le conservent. On choisit alors à la fin de ses études entre voie civile et voies religieuse qu’on soit Franc ou gallo-romain. Ce n’est qu’à partir du troisième Concile d’Orléans en 538 qu’on exclut les personnes non affranchies de l’ordination, et qu’à partir du quatrième en 541 qu’on exclut les descendants des non affranchis.

Il est assez surprenant de découvrir que l’accès à cette haute fonction de comte n’est pas fondé sur un critère social mais sur le mérite et la fidélité reconnu pour son roi. Fils d’affranchi ou de gallo-romain peuvent accéder à ce poste : tout comme les Romains avant eux, les Francs s’appuient sur les locaux pour impulser leur politique avec une certaine homogénéité. Je vous invite à lire l’article sur Leudaste  qui se trouve dans la revue pour compléter par un exemple très riche de sens cette brève synthèse.

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29
juin

Le traitement des pathologies dentaires au Moyen-âge (2)

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Mon article est une synthèse du travail écrit à trois mains par M. LUTZ, chirurgien-dentiste, R. PERROT, paléo-anthropologue, et C. Ribaux, odontologue. Le document original intitulé Apports des textes médiévaux anciens dans la connaissance des pathologies bucco-dentaires et de leur traitement au Moyen-âge est paru dans la revue et disponible en ligne sur le site Paleobios.

Le terme parodontopathie désigne l’ensemble des affections concernant le parodonte, c’est-à-dire concernant l’ensemble des tissus qui soutiennent la dent (mâchoire, ligament, gencive etc…) . Nous allons voir dans cette article comment le Moyen-âge traitait ces pathologies, toujours en partant de l’héritage médical grec et romain. Dès l’Antiquité, ces maux sont soignés selon trois axes : la prévention et l’hygiène, le traitement médicamenteux et en dernier recours le traitement chirurgical.

Les parodontopathies.

Les Grecs.

Hippocrate traite les parodontopathies comme n’importe quelle inflammation à réduire selon le protocole évoqué ci-dessus. Il mentionne déjà les premières notions d’hygiène dentaire en donnant la composition et le mode d’utilisation d’un dentifrice appelé préparation indienne dans Des maladies des femmes, livre II, tome VIII. La laine brute est employée comme brosse à dents pour répartir le mélange et on complète son usage par des bains de bouche. Le suint composant la préparation contient de la lanoline et du carbonate de chaux qui nettoient. L’anis, le fenouil et la myrrhe qui compose la préparation sont des antiseptiques.

Galien parle des problèmes de déchaussement dentaire appelés dents branlantes qu’il attribue au manque de nourriture, à la vieillesse ou aux coups. Il recommande pour lutter contre ce phénomène des remèdes qui sont sensés solidifier et fortifier la gencive dont on reconnait déjà pleinement le rôle dans le bon maintien de la dentition (tome XII, p. 851). Pour cela, les ingrédients suivants sont utilisables selon lui : lait d’ânesse, osselet de vache, cendre de copeaux de bois de cerf avec du vin, poudre de racine de peuplier blanc, …

Il explique également que certains mots sont dû à des excroissances dentaires blessantes et préconise de limer celles-ci. Il identifie également clairement les symptômes de la « mauvaise haleine »  qu’il attribue à une gencive pourrissante, une dent cariée, un ulcère buccal, une maladie de la gorge mais aussi à d’autres pathologies de l’estomac ou de l’oreille interne. Parmi plusieurs recettes, il propose un mélange d’orge, de miel et de vin entourés dans une feuille de papyrus, le tout broyé et appliqué sur la dent douloureuse.

Concernant la prévention, Galien parle d’usage quotidien de baume d’Alborium et d’huile d’Albathrum. Il  est également auteur de nombreuses recettes de bains de bouche parmi lesquels les mélanges suivants : vin pur et iris, vinaigre dans lequel on a fait cuire de la jusquiame…

Les Romains.

Celse s’intéresse plus aux traitements qu’à une typologie des pathologies. Il conseille l’emploi de tisanes pour se laver la bouche. Il met en place différents protocoles de détartrage : Si les dents sont noires et couvertes de tartre, il faut les nettoyer avec un instrument convenable. Si une dent est malpropre et noire quelque part, il faut la racler et la frotter avec des fleurs de roses pillées, additionnées d’un quart de noix de Galles, d’un autre de myrrhe et se rincer fréquemment la bouche avec du vin pur. Le tanin des noix et de la rose sont astringents, la myrrhe est aromatique et antiseptique. Le vin est un produit antiseptique, qui nettoie et évite les petites hémorragies gingivales après l’acte.

En ce qui concerne la chirurgie, il poursuit les préceptes énoncés par Hippocrate en pratiquant la cautérisation des gencives qui consiste à effleurer sans appuyer puis appliquer un mélange de miel et de vin puis des remèdes secs astringents. Pour luter contre les dents branlantes, Celse pratique la contention avec un fil d’or lorsque la mobilité est dûe à l’âge ou à un coup. Dans les cas de maladie, il enlève tout simplement.

Pline l’Ancien mentionne l’usage du cure-dent et des gommes à mâcher dont ils donnent plusieurs recettes. Mais il est important de mentionner que l’accès à l’hygiène dentaire n’est possible que pour une tranche sociale privilégiée dont le but principal est l’esthétique.

Notons également l’influence du médecin maure Abulcasis qui perpétue l’usage de ces traitements en améliorant le procédé de ligatures des dents et en utilisant la ventouse et les saignées locales dans le traitement des aphtes

Les parodontopathies au Moyen-âge.

S’appuyant sur ces prédécesseurs, Guy de Chauliac donne une typologie d’aliments qu’il est préférable de moins consommer pour préserver sa dentition. Il insiste sur la nécessité d’enlever le tarte et d’utiliser un dentifrice composé d’os de seiche, coquillettes blanches de mer, porcelaines, pierre ponce, cornes bruslées, nitre, alun, sel gemme, souphre bruslé, racine d’iris, d’aristolochie et de canne bruslée. On remarque dont que la manière de pratiquer et de traiter est restée plus ou moins la même depuis l’Antiquité.  Il constate les difficultés à conserver les dents branlantes et pratique l’ensemble des traitements que nous avons déjà mentionnés.

Ses traitements médicamenteux reposent essentiellement sur l’usage d’antiseptiques et d’astringents à base de plantes et visent à soigner aussi bien la carie dentaire qu’à traiter les problèmes parodontaux ou limiter la douleur. Formes et remèdes pour limiter l’inflammation des tissus étaient nombreux et variés. Romains et Grecs ont souvent mis en avant des tentatives de procédés pharmaceutique pour faciliter ou éviter l’extraction dentaire. Au Moyen-âge, on se basse sur la théorie des quatre éléments pour les classer et savoir lesquels employer (cf. l’article correspondant : le traitement des blessures au Moyen-âge). Guy de Chauliac fait preuve de scepticisme concernant les extractions par les plantes, ce qui à mon sens est signe d’une compréhension fine pour une époque dite « obscurantiste ».

Notons aussi qu’au Moyen-âge, contrairement à la Rome antique, on n’utilise pas de prothèse dentaire.

Dans un prochain article, nous traiterons de l’extraction dentaire proprement dite et de l’acte chirurgicale. Au plaisir de vous retrouver bientôt pour le troisième et dernier article de la série.

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20
juin

Le traitement des pathologies dentaires au Moyen-âge (1)

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Mon article est une synthèse du travail écrit à trois mains par M. LUTZ, chirurgien-dentiste, R. PERROT, paléo-anthropologue, et C. Ribaux, odontologue. Le document original intitulé Apports des textes médiévaux anciens dans la connaissance des pathologies bucco-dentaires et de leur traitement au Moyen-âge est paru dans la revue et disponible en ligne sur le site Paleobios.

Cette synthèse s’inscrit dans la continuité des différents articles déjà parus sur la médecine médiévale sur le site. Je m’efforce de montrer que nous sommes très loin avec la médecine médiévale des représentations habituelles obscurantistes sur cette époque. Nous avons vu le rôle primordial des textes anciens, et les traitements dentaires n’échappent pas à cette influences.

L’anatomie dentaire

Les Grecs

Hippocrate, et surtout Galien, ont posé l’ensemble des jalons des connaissances et des soins bucco-dentaires dès l’Antiquité. Ils décrivent et étudient le nom, le nombre, la forme et la fonction des dents.

Galien écrit : « Pourquoi avons-nous précisément trente deux dents, fixée seize sur un rang à chaque mâchoire, celles de devant nommées incisives, tranchantes et larges, capables de couper en mordant ; à leur suite, les canines, larges à la base, acérées au sommet, capables de briser les corps trop dur que n’auraient pu couper les incisives, puis les mâchelières, qu’on nomme aussi molaires, raboteuses et larges, dures et longues, faites pour triturer exactement les aliments coupés par les incisives ou brisés par les canines ? » ( livre XI, chap. VIII , De la face et en particulier Des mâchoires, p. 667.). Il connaît également l’anatomie radiculaire de la dent, c’est-à-dire qu’il reconnaît déjà l’existence des racines dentaires.

Les Romains

Celse a écrit un livre entièrement consacré ce domaine. Il reprend les écrits grecs en les enrichissant de ses observations personnelles. Il mentionne les dents de lait, et les dents de sagesse qui sont donc déjà connues.

« Les dents sont plus dures que les os. Elles sont situées en partie le long du bord inférieur de l’os maxillaire, et en partie le long du bord supérieur de la mâchoire inférieur. Les Grecs ont appelé les quatre premières toniques parce qu’elles tranchent ; elles sont entourées des deux côtés par les quatre canines. Après les canines viennent les molaires. Les dents incisives et canines n’ont qu’une racine, les molaires en ont deux, quelques fois trois même quatre. Lorsque le corps de la dent est court, la racine est ordinairement plus longue : lorsque la dent est droite, la racine l’est aussi ; si la dent est courbée, il en est de même de la racine. Sous cette racine, il pousse chez les enfants une nouvelle dent qui fait ordinairement tomber la première, mais qui quelquefois vient devant ou derrière.» (Livre VIII, p. 258).

Le Moyen-âge.

Guy de Chauliac décrit ainsi la dentition : « Quant aux dents, elles sont de la nature des os, combien qu’elles soyent dictes avoir sentiment, selon Galien au seizième de l’Usage. Mais c’est à raison de quelques nerfs descendants du tiers pareil à leur racines. Elles sont le plus souvent trente deux. Sçavoir est seize en chasque maschoire, c’est à sçavoir deux duelles, deux quadruples, et deux canines, huit maschelières, et deux caisseaux. Leurs racines sont fichés ès maschoires, et les unes en ont une, les autres deux, quelques une trois et les autres quatre.»
En ce qui concerne la formation des dents et leur composition, les médecins antiques et médiévaux sont restés assez flou. Seul Hippocrate mentionne une théorie dans Des chairs, chapitre XII.

Hippocrate et Galien posent déjà les symptômes de la poussée dentaire, en l’occurrence douleurs gingivales, fièvres, convulsions, diarrhées. Ce dernier propose en cas de poussée difficile des traitements à base de lait de chienne, de cervelle de lièvre ou de mouton à frotter sur les gencives. L’utilisation de pétales de rose broyées ou du beurre avec du miel était aussi recommandée.

Les pathologies bucco-dentaires : la carie.

Les Grecs

Pendant l’Antiquité aussi bien qu’au Moyen-âge, l’anatomie et les traitements de la mâchoire et de la face sont connus. On connaît le rôle de la langue, de la luette et du palais. Comme nous l’avons vu dans le dernière article, on réduit très bien les fractures de la mâchoire. Intéressons nous à la carie.

Pour Hippocrate, l’arrivée d’une carie résulte d’un déséquilibre entre les humeurs. Galien va plus loin en affirmant que son origine est due à un « excès de nourriture » qui entraîne des douleurs dentaires comparables à une inflammation des parties charnues. Selon lui, « Des trous dans les dents peuvent se former par écoulement, à l’intérieur, d’humeurs âpres et corrosives » (tome XII, p. 852). Le lait, pris quotidiennement, et une certaine « mollesse naturelle », endommageraient les dents et la chair qui les entourent d’après lui.

Hippocrate propose une prise en charge de la douleur à partir de castroreum. Il s’agit d’une drogue résineuse fortement odorante issue des glandes prépuciales du castor mâle. On utilise aussi le poivre en cataplasmes ou en errhins. Les errhins sont des traitements pris par le nez visant à faire éternuer qui s’apparentent à ce qu’on appellerait aujourd’hui un « snif ». Il préconise également la cautérisation en cas de douleurs dentaires. Pour traiter la carie, on la gratte jusqu’à complète disparition puis on bouche le trou.

Galien propose un traitement différent sous forme de bain de bouche quotidien avec un mélange de vin et de miel. Une fois la bouche assainie, il effectue un curetage dentinaire : il ôte la partie cariée de la dent. Ce traitement est associé parfois à une trépanation coronaire avec une vrille c’est-à-dire qu’il troue la dent. Après trépanation, il introduisait des substances curatives dans la cavité avec une sonde.

Alors que l’on a longtemps cru que la carie était due à la présence d’un vers dans la dent, Galien est le premier à affirmer que la douleur dentaire est due à une inflammation. Par l’expérience de sa propre douleur, il parvient à dresser une typologie identifiant clairement la desmondite et la pulpite qui sont deux pathologies dentaires.

Les Romains

Celse, le romain, est le premier à employer et à définir comme suit le terme de carie : «Tous os qui est altéré, devient en général gras, puis noir, puis carié.» Il est le premier à mettre en place un protocole de traitement. Il dresse également une typologie des différentes évolutions inflammatoires et préconise la percée des abcès dentaires, l’extraction de la dent responsable et recommande de ruginer l’os malade.

Des cataplasmes chauds ou tièdes sont appliqués et maintenus avec des bandages. On applique également du cérat d’huile de troène ou d’iris pour calmer. Il s’agit d’une crème à partir d’huile et de cire, à laquelle on ajoute une eau distillée aromatique.

Pour assainir la bouche, un bain de bouche chaud régulier est recommandé dont voici différente recette : «A cet effet, on fait bouillir ou de la racine de jusquiame dans de l’oxycrat ; ou de la racine de quintefeuille dans du vin mêlé d’eau, additionné avec un peu de sel ou dans le même liquide de l’écorce de pavot qui ne soit pas trop sec ou de la racine de mandragore. » Les ingrédients qui le constituent sont à la fois antalgiques, antiseptiques et astringents.

Celse ne creuse pas mais applique ses remèdes à même la carie. Il utilise des pansements médicinaux enduits de pariétaire, d’alun, du bitume et de la moutarde. Pour boucher le trou, il utilise un mélange d’ardoise pilée, de plomb et de textiles.

Le Moyen-âge

Guy de Chauliac dresse une typologie des maux de dent en six catégories douleurs (abcès, desmondite, pulpite), corrosion (carie vue comme pourriture de la dent), congélation et endormement (on pense qu’il s’agit des symptômes de la paresthésie), limosité ou fétidité (le tartre), chute ou branlement (parodontopathie).

Il s’inspire très clairement des théories d’Hippocrate dans sa sélection de remèdes : aux douleurs chaudes, il associe un remède froid notamment l’huile de rosat, de camomille et d’aneth. Aux douleurs froides, il associe de l’huile chaude. Les décoctions de cumin, et des bayes de laurier, semence de rhüe, galban et sérapin sont associées aux douleurs dites venteuses. Pour les douleurs humides, il est nécessaire de les assécher avec de l’alun et du sel. Les douleurs sèches entraînent l’usage de beurre et de graisse de bélier.

Il préconise d’intervenir sur la carie avec des instruments pour éviter que des aliments se glissent de manière irrémédiable entre deux dents. Ensuite il rebouche : « Puis soit remplie de gallie et souchet, mastic, myrrhe, souphre et camphre, cire, ammoniac, asse puante, et semblables. »
Il recommande en cas d’échec à tout ces traitements la cautérisation par l’huile brûlante ou le feu à la manière d’Abudulcasis, médecin arabe, dont il s’inspire de manière très significative.

Nous verrons dans un prochaine article le traitement d’autres pathologies dentaires et les modes d’extraction.

Enfin, selon la taille de l’article, nous aborderons également peut-être l’hygiène dentaire dans la foulée ou dans un troisième article. Détartrants, poudres de dentifrice, bains de bouche existaient déjà au Moyen-âge… Jacquouille et ses chicots pourris sont un fantasme moderne, désolée de vous frustrer une fois de plus.

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10
juin

La chirurgie crânienne au Moyen-âge.

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Contrairement à ce qu’on pu laisser croire pendant longtemps les avis des médecins des époques supérieures, on pratiquait déjà avec plus ou moins de réussite la chirurgie au Moyen-âge.

Nous nous attacherons aujourd’hui à expliquer le traitement des  traumatismes crâniens à partir du travail de Raoul Perrot que nous avions déjà cité dans ces articles :  Le traitement des plaies au Moyen-âge et Les remèdes au Moyen-âge.

Les examens et traitements pratiqués sur une plaie du crâne pendant l’Antiquité.

Hippocrate met en place dès l’Antiquité un protocole d’examen visant à identifier précisément le type de lésion du patient, avec ou sans fracture.

Il s’agit déjà de questionner les témoins pour savoir exactement le contexte de l’incident, puis de sonder la plaie attentivement. Il utilise pour cela de la matière noire : celle-ci s’infiltre dans les anfractuosités qui vont ensuite apparaitre noires. Ce test permet de poser le diagnostic à partir de la typologie ci-dessous.

Il distingue ainsi cinq type de lésion : fractures, contusions, enfoncement avec fracture, hédra ( félure de l’os suite à un coup), fracture par contre-coup.

Hippocrate reconnait déjà également que certaines parties du crâne sont plus fragiles que d’autres et cela vient préciser ce diagnostic. Pour lui, la saison joue aussi un rôle évident : l’été ce type de blessure est plus dur à soigner selon lui que l’hiver. Cela me semble parfaitement logique eu égare à la macération et au pourrissement que provoque la chaleur.

Les préceptes d’Hippocrate sont très clairs quant à la manière de traiter ces traumatismes et on reconnait déjà leur extrême gravité.

Comme lui, les médecins médiévaux utilisent une typologie précise de ces traumatismes. On distingue les contusions crâniennes avec ou sans fracture, les fractures de la face  (oreille, nez…) et de la mandibule, les luxations de la mâchoire.

Très globalement, on applique les mêmes traitements que pour les plaies sauf pour les cas justifiants d’une trépanation.  L’opération du trépan est exigée par la contusion et par la fracture. L’enfoncement du crâne et l’hédra ne la nécessite pas.

La seule différence dans le traitement par rapport à ce que nous avions vu dans les articles précédents réside dans la vive recommandation d’Hippocrate de n’appliquer aucun pansement et un minium de traitement liquide sur la plaie pour éviter toute suppuration.

En ce qui concerne les fractures de la mâchoire, on replace simplement les os avec les doigts et on lie les deux dents de chaque côté de la fracture l’une à l’autre par un fil. On pose un bandage puis un traitement est donné, ainsi qu’un régime liquide. Le même procédé est mis en place après la mise en place post-luxation.

Le traitement des traumatismes crâniens au début du Moyen-âge.

La raison pour laquelle j’ai insisté sur la méthode antique aussi longtemps, c’est tout simplement qu’au Moyen-âge on utilise toujours celle-ci et qu’on a de cesse de la préciser.

Paul d’Egine reste fidèle à l’Antiquité dans sa démarche. Il  suit  les méthodes préconisées évoquées précédemment en ce qui concerne les traumatismes faciales, en ajoutant uniquement le port d’attelles en bois ou en cuir quand cela est nécessaire.

Néanmoins, il développe la typologie des traumatismes crâniens d’Hippocrate en distinguant plusieurs sous catégories à celles que nous avons mentionnés. En cela, il innove totalement et  influence la médecine médiévale.

Il dote la fracture du crâne d’une liste de symptômes : « vertige, aphonie, collapsus immédiat », et des signes d’aggravation tels que : « vomissement de bile, convulsions, délire et fièvre aigüe ».

Et après ?

Les méthodes restent à peu de choses près plus ou moins les mêmes. On distingue toutefois progressivement les entailles, des contusions par armes de choc. On va également restreindre la trépanation qu’aux cas les plus graves et préconiser le retrait des esquilles (Abulcasis, médecin arabe).  Finalement, ce qui change c’est le moyen de diagnostiquer et de traiter propre à chaque médecin.

En ce qui concerne les traumatismes de la face, le souci de la beauté instaure petit à petit la nécessité de redresser le nez. On utilise comme attelle un tuyau de plume d’oie entouré de lin imbibé de blanc d’oeuf, glissé dans la narine jusqu’à complète guérison.

Roger de Parme va s’intéresser plus amplement aux cas les plus graves en dressant une nouvelle typologie de plus en plus précise en prenant en compte la taille de la plaie et la taille de la fracture. Il propose même un protocole pour le retrait des flèches plantées dans le crâne. Il est aussi le premier à suturer les plaies au visage par souci esthétique.

La chirurgie du crâne va progressivement réserver la trépanation aux cas les plus graves se détachant ainsi des concepts antiques.

Je vous invite vraiment à vous pencher sur le travail de Raoul Perrot qui explique dans le détail les évolutions des traitements, des techniques et des diagnostiques. Moi je dois synthétiser ici :) . Il s’agit en plus d’un PDF téléchargeable.

sources :

http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Hippocrate/plaies.htm

Paleobios

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27
mai

Le statut de la femme au Moyen-âge.

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

On entend souvent dire que la femme n’avait pas d’âme au Moyen-âge, et on a très souvent la représentation de la femme cloitrée sous l’autorité du père ou du frère puis du mari… Et pourtant, cette représentation faussée car elle est l’archétype même de la femme de la Renaissance qui redécouvre et impose les standards du droit romain, et plus encore celle du XIXème siècle du code Napoléon.  Qu’en est-t-il de la réalité?

Pour comprendre le statut de la femme au Moyen-âge, il est important de remonter bien avant celui-ci. Car toute l’ambiguïté du statut de la femme repose sur l’antagonisme de deux modèles différents : la femme romaine et la femme celte, la femme totalement dépendante de l’autorité de l’homme et la femme qui bénéficie de droits plus ou moins identiques.

Femme celte vs femme romaine :

Chez les Romains elle n’a aucune possession, et j’irais jusqu’à dire qu’elle sert de faire valoir à sa famille qu’elle a le devoir de faire prospérer. Elle quitte l’autorité du père ou du frère pour aller directement sous celle de son mari. Elle ne sort pas, ne participe pas à la vie de la citée. Sa seule obligation est de gérer son foyer, contribuer à sa gestion matériel et éventuellement les travaux dits « de femmes ».

Chez les Celtes, la femme a une existence propre. Elle peut disposer de biens propres dont la propriété lui est exclusive : ils la suivent lors de son mariage, en cas de séparation, elle en reste propriétaire.

Il n’y a pas d’obligation de durée dans le couple celte. La femme étant toujours liée à sa famille d’origine, contrairement à la femme romaine, y retourne en cas de séparation. Celle-ci ne se fait pas sans motifs graves sous peine d’obligation de paiement d’un lourd dédomagement.

La femme pouvait quitter son époux en cas de mauvais traitements, elle pouvait alors disposer de ses biens, mais aussi de sa part sur ceux acquis pendant toute la durée du mariage.

Même si dans le cadre de la vie privée, la femme celte dépend de l’autorité de son père puis de son mari, contrairement à la Romaine  la Gauloise participe aux combats et à la vie de la citée à part entière.

Attention, toutefois, Jean Markale nuance largement :

On sait maintenant que la société de type celtique, du moins en droit, accordait aux femmes une place que celles-ci n’avaient pas dans les autres sociétés contemporaines. Elles participaient à la vie politique et à la vie religieuse; elles pouvaient posséder des biens personnels ; elles pouvaient régner; elles pouvaient fixer librement leur choix sur un homme, elles pouvaient divorcer si leur mari outrepassait ses droits, et, en cas d’abandon du mari ou de l’homme suborneur, elles avaient la possibilité de réclamer une forte indemnité. Mais il faut se garder de conclure que la Femme celte vivait dans un authentique paradis. Car les lois qui les favorisaient, et dont on trouve la preuve dans les codes de lois gallois, bretons et irlandais, ces lois ont quand même été élaborées par des hommes qui appartenaient à une société fortement androcratique, ce que l’on pourrait appeler d’une façon très commode et justifiée – une société paternaliste. Ces lois visaient à maintenir les femmes dans un cadre, certes libéral, mais qui ne mettait pas en cause l’essentiel, c’est-à-dire qui éliminait toutes les conditions qui auraient pu nuire à la foule des individus mâles. En fait, tout se passe comme si les Celtes avaient été obligés de garder certains éléments des anciennes structures ayant existé chez les peuples autochtones qu’ils avaient conquis et assimilés.

Bref, même si le portrait que je viens de dresser est à prendre avec des grosses pincettes, il est indéniables qu’en droit les femmes plus de droits dans la société traditionnelle celte.

On peut supposer que le début du Moyen-âge, et particulièrement les zones rurales loin de Rome, sont encore sous l’influence de cette tradition malgré le droit romain, d’où cette ambivalence que j’évoquais.

Le statut de la femme au Moyen-âge.

Les femmes de condition.

Régine Pernoud dans Pour en finir avec le Moyen-âge, et surtout dans La femme au temps des Cathédrales et La femme au temps des Croisades, s’intéresse particulièrement au statut de celle-ci. Elle pose ainsi ce constat  :

N’est-il pas surprenant, en effet de penser, qu’aux temps féodaux la reine est couronnée comme le roi, généralement à Reims, parfois dans d’autres cathédrales du domaine (à Sens, pour Maguerite de Provence), mais toujours par les mains de l’archevêque de Reims? Autrement dit, on attribue autant de valeurs au couronnement de la reine qu’à celui du roi.

Or, la dernière reine qui fut couronnée est Marie de Médicis; elle le fut d’ailleurs tardivement en 1610, à la veille du meurtre de son époux Henri IV; [...].

et  d’ajouter quelques lignes plus bas :

Dès ces temps médiévaux (le terme est pris ici par opposition aux temps féodaux), le couronnement de la reine avait pris moins d’importance que celui du roi ; en une époque où la guerre régnait en France à l’état endémique, ([...]), les besoins militaires commencent à primer sur toute préoccupation, et le roi est d’abord chef de guerre.

L’archevêque irait-il couronner une femme sans âme? Autrement dit, le statut de la reine médiévale à l’origine n’était pas si mauvais que cela, de même pour la femme du petit seigneur. Elles exercent pleinement le pouvoir en cas d’absence ou de décès du mari, elles ont quelques possessions propres qu’on appelle leur douaire.

Lorsque le mari part en Croisade, il n’est pas rare qu’il soit accompagné de l’ensemble de sa famille, sauf si le jeune héritier ou le domaine nécessite la présence de l’épouse sur place ou si celle-ci est enceinte. Ainsi, Aliénor d’Aquitaine suit son époux Louis VII. Un témoignage atteste de la présence et du soutien des femmes pendant le siège d’Antioche : celles-ci donnant de l’eau aux combattants. La femme n’est donc pas cloîtrée chez elle.

Ajoutons aussi que certaines abbesses avaient énormément de pouvoir sur leur congrégation, ainsi que sur le rayonnement de celle-ci. Ainsi, Régine Pernoud cite l’exemple du monastère de Paraclet au XIIème siècle, dont la supérieure est Héloïse. Ce qui prouve que les femmes d’église étaient particulièrement cultivée… elle agit sur le domaine qui lui est confié comme le ferait un seigneur sur le sien.

Jetons un sort aux mariages arrangés, qui constituent également un mythe assez solide. L’Eglise impose pour accorder le mariage l’accord des deux époux, ce qui n’était pas le cas avant. Plus qu’à notre époque, elle a agit avec souplesse en tolérant certaines ruptures…  Je ne dis pas que les mariages arrangés n’existaient pas, mais qu’on exagère largement la question. Quid par exemple de la situation dans les terres musulmanes à la même époque? Bref…

N’ont-elles donc pas d’âme? Au passage, donnerais-t’on l’eucharistie à la femme si elle n’en avait pas? Mais alors pourquoi ne pas aussi donner la sainte hostie aux animaux en ce cas?  Vous me direz sans doute que je m’intéresse uniquement au statut de la femme puissante, et qu’il est autrement plus difficile d’être une femme du peuple… Et bien là encore, pas tant que cela.

La femme du peuple.

La femme médiévale travaille dans les champs certes, mais à la ville elle dispose aussi d’un accès à  tout un tas de petits métiers. Tous les métiers qui correspondent plus ou moins à la prolongation d’activités domestiques leur sont totalement accessibles. Dans les métiers de l’alimentation et du tissu, elles sont très représentées.

Le site Vivre au Moyen-âge présente ainsi le cas d’Agnès.

En 1415, à Toulouse, les balles des boursiers (fabricants de bourses) poursuivent le ceinturier Hélie Olivier et son épouse Agnès, accusés d’exercer le métier de boursier de façon illégale. Agnès déclare qu’elle est demeurée plus de douze ans en ce métier et le connaît. Une transaction intervient. Moyennant le paiement des frais du procès, des droits d’entrée et l’exécution d’un chef-d’œuvre, Agnès est autorisée à travailler comme boursière, avec un seul apprenti, sans que son mari puisse l’aider. La place des femmes dans l’artisanat est donc loin d’être négligeable.

Si on se penche sur les archives urbaines, on constate que les femmes peuvent s’exprimer dans des assemblées, de même que dans certains conseils ruraux. Les actes notariés prouvent qu’il n’est pas fait mention de l’obligation pour elles de fournir une autorisation pour ouvrir un commerce…

La femme n’est donc pas cloîtrée et sans importance sociale, comme elle le sera dans les siècles suivants.

Pourquoi tout ces stéréotypes alors?

A partir du XIIIème siècle, la situation de la femme va changer et progressivement se refermer sous l’impulsion de l’Eglise. On décide de cloitrer les moniales et de les cantonner à la prière, limitant progressivement leur instruction tandis qu’on développe l’accès aux universités pour les hommes. Ce n’est qu’au XVIème siècle, en 1593 que la femme est clairement écartée de toute fonction d’Etat. Pourquoi ?

Parce que la découverte du droit romain va avoir une influence considérable sur le statut de la femme, et particulièrement à la Renaissance où celui-ci devient la norme à suivre sine qua non.

Le droit romain n’est pas du tout favorable à l’épanouissement social de la femme. Il va progressivement instaurer la vision du père comme chef de famille au détriment des tissus familiaux plus souples des périodes précédentes que permettait le droit coutumier.

Ce dernier préconisait en cas de décès sans héritier, le retour des biens du mari à sa famille et le retour des biens de la femme à la sienne, et surtout le pouvoir de déshériter n’existait pas.

Au XVIIème, la femme prend obligatoirement le nom de l’époux marquant la progression de ses tendances qui ont débuté à la fin du Moyen-âge et au début de la Renaissance…  jusqu’à son avènement avec le Code Napoléon, la toute puissance du père est largement mis en place. La femme n’est alors plus maitre de ses biens, n’a plus aucun pouvoir décisionnaire sur ses enfants ou sa famille.

En guise de conclusion courte car l’article est déjà long, je dirais simplement ceci : alors, finalement, le Moyen-âge, pas si obscurantiste que ça en ce qui concerne la place des femmes, non ?


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16
mai

La vie au Moyen-âge : plus dure ?

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Une petite vidéo qui va poser d’entrée le débat qui fera l’objet de cet article.

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Attention, elle est à prendre pour ce qu’elle est, une vidéo brêve et introductive. En effet, l’idéal d’oisiveté est loin d’être effectif dans les cloîtres dans la mesure où les moines travaillent en plus de leurs prières quotidiennes de manière à assurer la vie de la communauté. Nous avons vu dans l’article sur l’abbaye de Citeaux combien cela pouvait parfois être difficile.

Toutefois, on peut légitimement s’interroger sur la pénibilité du travail au Moyen-âge. Peut-on, comme beaucoup le croient encore aujourd’hui, le considérer comme une période d’exploitation cruelle et d’esclavage stricto sensu ? Je serais tentée de dire pas du tout.

Un regard moderne et biaisé sur la notion de « travail ».

On ne peut nier que le travail était plus difficile puisque les moyens et les outils qui l’allègent aujourd’hui n’existaient pas encore. On ne peut nier aussi l’existence des diverses taxes qui étaient à verser au seigneur selon qu’on soit vilain ou serf.  Il me semble cependant  que la période de la Renaissance, et de la Révolution, ont  volontairement accentué les caractéristiques oppressives du système féodal.

Pour la Renaissance, le Moyen-âge est anarchique et ignard, exempt de références aux classiques : il est évident que si la Renaissance a eut accès à ces textes classiques c’est uniquement parce que les copistes médiévaux en connaissaient déjà l’existence … mais bon. De fait, l’histoire médiévale a longtemps été vue par le prisme faussé de ce point de vue. C’est encore d’ailleurs le cas pour beaucoup de personnes aujourd’hui.

Le travail au Moyen-âge?

Contrairement à ce qu’affirme la vidéo, il suffit de se pencher sur le Calendrier des travaux agricoles du Rustican pour voir qu’on travaillait toute l’année, même si le rythme de l’été n’était évidemment pas le même.  Il est clair que les jours chômés, fixés par l’Eglise, étaient aussi bien plus nombreux qu’aujourd’hui et surtout respectés de tous.

Nous avons vu dans l’article sur le décompte du temps combien le rythme de vie médiéval était différent du notre. On se couche à la nuit tombée donc effectivement, les journées d’été sont plus longues et plus pénibles que celles d’hiver. Cela suffit-il à faire des paysans médiévaux des opprimés?

Je pense que le regard que nous avons actuellement sur le travail, en tant que concept aussi bien qu’en tant que de valeurs, à largement changer et contribue à une incompréhension sur cette période. Il va de soi pour tout Chrétien au Moyen-âge, que nous sommes sur terre pour travailler suite au pêché originel… la question ne se posait donc pas dans les termes où nous la concevons aujourd’hui, dans un monde où les loisirs prennent une part de plus en plus importante.

En outre, l’épanouissement personnel est un concept très moderne : les premiers congés payés sont arrivés me semble-t-il un peu avant les années cinquante. Régine Pernoud, dans Pour en finir avec le Moyen-âge édition Points histoire, explique très bien  l’importance de la coutume en tant que loi universelle régulatrice:

Or, justement, toute volonté individuelle se trouve limitée et déterminée  par ce qui fut la grande force de l’Age féodal : la coutume. On ne comprendra jamais cette société si on méconnait la coutume, c’est-à-dire cet ensemble d’usages nés de faits concrets et tirant leur pouvoir du temps qui les consacre; sa dynamique est celle de la tradition : un donné, mais un donné vivant, non figé,toujours susceptible d’évolution sans jamais être soumis à une volonté particulière.

Finalement, on peut donc se demander si l’homme médiéval n’était pas malheureux ou s’il n’avait simplement pas conscience de son malheur du fait d’être ensembles.

La vie des paysans au Moyen-âge ?

Pour bien comprendre la vie des paysans du Moyen-âge, il faut se débarrasser des visions préconçues et tenter de garder une certaine neutralité.  Certes, on regorge de de témoignages de seigneurs oppresseurs … mais est-ce un phénomène épisodique dont on a fait état à maintes reprises pour jeter l’opprobre sur leurs agissements, et leur nom surtout,  ou quelque chose de fréquent?

Pour en savoir plus, je me suis penchée sur le livre Les classe rurales et le régime domaniale en France et au Moyen-âge, par Henri Eugène Sée. Ce document décrit largement les droits qui régissent les domaines et leurs implications directes sur la vie des paysans, bien qu’il soit un peu orienté.  On constate que la paysannerie se dégage très progressivement du servage, et que plus lentement encore , sa situation s’améliore de façon perceptible au fil de la période.

Rappelons aussi que dès l’an mil, la prédominance de l’Eglise qui impose la Paix  de Dieu et la Trêve de Dieu.  Elle jette l’anathème sur qui attaquera sans raison un paysan, et surtout elle ménage pendant les périodes de fêtes religieuses une paix relative… Toute activité militaire est proscrite lors des périodes liturgiques. Ce qui donne a peu près quatre-vingt jours par an pour se battre aux seigneurs. On peut donc penser que la vie du paysan est plutôt calme à partir de cette période.

Pour jeter définitivement un sort à la question du roi tyrannique, héritée de la vision déformée de l’histoire révolutionnaire, je me permettrais de citer simplement Régine Pernoud, dans Pour en finir avec le Moyen-âge édition Points histoire. Elle écrit :

Le roi féodal est le seigneur parmi d’autres seigneurs; comme les autres il administre un fief personnel, dans lequel il rend la justice, défend ceux qui peuplent son domaine et perçoit des redevances en nature ou en argent. Hors de ce domaine, il y a le roi, celui qui a été marqué par l’onction sainte; c’est l’arbitre désigné dans les conflits, le suzerain des suzerains, celui qui assume la défense du royaume et auquel, à ce titre,  les autres seigneurs doivent une aide militaire, fixée d’ailleurs à un temps fort limité : quarante jours par ans.

Donc, si on résume tout cela, le roi peut exiger la présence de ses vassaux la moitié du temps dont il dispose pour faire la guerre… cela limite donc encore un peu plus les possibilités de combat.

Par ailleurs, en dehors de son statut divin qui lui confère la mission de protéger le royaume au regard de Dieu et donc d’harmoniser ses relations entre les différents vassaux, c’est tout. Il est loin d’avoir le statut d’un monarque comme Louis XVI par exemple : il n’édite pas de loi générale et ne perçoit aucun impôt en dehors de son fief et cela jusqu’au XVème siècle.

La vision des historiens marxiste a beaucoup galvaudé le terme de « féodalité »… et il s’agit d’un prisme déformant qui est aujourd’hui encore fatale dans notre manière d’enseigner l’histoire.

Le serf : un esclave ?

Et bien non. L’esclave, tel que perçu par les Romains, est une chose qui fait parti de la maison. Le serf, lui est considéré comme un être humain. Le servage est une chose et l’esclavage une autre, j’insiste!  Là encore, je cite Régine Pernoud.

Le serf est une personne traitée comme telle; son maitre n’a pas sur lui ce droit de vie et de mort que lui reconnaissait le droit romain.

[...]

Dans la société qu’on voit naître au VIème – VIIème siècles, la vie s’organise autour du sol qui vous nourrit et le serf est celui dont on exige la stabilité : il doit demeurer sur le domaine ; il est tenu de le cultiver, de bêcher, fouiller, semer et aussi de moisonner ; car s’il lui est interdit de quitter cette terre, il sait qu’il en aura sa part de moisson. En d’autres termes, le seigneur du domaine ne peut l’expulser pas plus que le serf ne peut « déguerpir ».

C’est cette attache intime de l’homme et le sol sur lequel il vit qui constitue le servage, car, par ailleurs, le serf a tous les droits de l’homme libre : il peut se marier, fonder une famille, sa terre passera à ses enfants après sa mort ainsi que ses biens.

Le servage est donc un statut particulier… au même titre que dans notre société moderne nous pouvons travailler pour une société publique ou privée, si on souhaite faire une comparaison large et très imagée.

Le serf est lié a la terre qu’il cultive et il est assuré d’en conserver l’usage jusqu’à la fin de ses jours.  Il me semble que plus d’un ouvrier agricole du XXIème siècle, en ces temps de crise, aimerait pouvoir en dire autant. Il vit, de fait, sous la protection de son seigneur ce qui est moins risqué que le statut de paysan libre.

Rappelons au passage, que les rois féodaux ont le même rapport à la terre : celle-ci appartenant à leur lignée, ils ne peuvent ni la vendre, ni l’aliéner, ni la déserter. Ils ne peuvent ainsi céder que les biens personnels dont ils ont eu héritage mais n’ont qu’un droit d’usage sur leur domaine.

Là encore, c’est la simplicité de traduire  »servus » par esclave qui a prédominé pendant longtemps. Le retour dès le XVIème de l’esclavage pur et  ensuite le prisme révolutionnaire ont profondément déformé la réalité médiévale.

Que penser de la vie au Moyen-âge ?

En guise de conclusion, encore que le débat soit toujours largement ouvert, je dirais simplement qu’un certain nombre de filtres se sont rajoutés à la réalité médiévale qui l’ont largement floutée. Ces filtres, volontairement ou non, ont contribué à faire l’enseignement actuel de l’histoire et nous rendent encore plus difficile l’appréhension de ce qu’était la vie au Moyen-âge.

Je n’ai pas de réponse toute faite à la question, mais j’espère avoir largement démontré combien il est nécessaire de prendre du recul lorsqu’on s’intéresse à cette période qui couvre près de dix siècles de notre histoire et que les époques suivantes ont largement rabaissée.

Je dirais tout simplement pour finir que cette période qu’on appelle Moyen-âge n’a de « moyen » que le nom et que pour qui sait se pencher sur elle avec bienveillance, elle dénombre encore moult secrets.

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