Le carnet de Villard de Honnecourt, maître d’oeuvre et dessinateur du XIIIème siècle, est un témoignage très précieux composé de notes et de croquis. Le texte y évoque un certain nombre de problème d’ordre technique qu’a rencontré son auteur et les solutions envisager par cet homme pour y répondre. On peut supposé aussi que ces croquis ont pu servir à expliquer un certain nombre de choses à ses ouvriers.
Ce carnet est visible à la Bibliothèque nationale de France, et une page internet lui est entièrement dévolue. A travers celle-ci, vous pourrez découvrir plus largement le thème de cette article et surtout de manière plus ludique. N’hésitez donc pas à vous y rendre.
Le rôle du maitre d’oeuvre.
Nous avons déjà expliqué dans le précédent article, Les unités de mesures des bâtisseurs et leurs outils au Moyen-âge, qu’à la période qui nous occupe on ne parle pas d’ouvrier mais d’oeuvriers. Le maitre d’oeuvre est donc celui qui commande à l’ensemble des personnes qui travaillent sur le chantier. Il maitrise totalement la géométrie et les calculs, qu’il tient des compétences héritées des Grecs et des Romains aussi bien que des apports des contacts des Croisés avec les Maures, qui eux-mêmes détiennent leurs compétences en mathématiques des Chinois.
C’est auprès de lui que chaque ouvrier vient prendre les mesures de référence pour fabriquer sa pige (réglette de mesure) afin que tout le monde ait bien les mêmes quotes. C’est cet homme qui vérifie la bonne conformité du travail de chacun.
Pour effectuer ces tracés, il utilise des formes géométriques simples comme le carré ou le carré long (l’ancêtre de notre rectangle), et le triangle pour ce qui concerne les élévations.
Les formes géométriques à la base de la construction médiévale. (source Mesurer et tracer au Moyen-âge – Guédelon chantier médiéval).
Le carré ( dit 3/3/3/)sert à former des salles, des tours mais si on utilise notre corde à noeud pour le tracer, on constate que notre carré fait trois intervalles de côté. Cette proportions va servir également à élaborer des fenêtres, des portes…
Si on trace les deux diagonales de ce carré, elles se coupent en son milieu : à partir de là, il est facile de tracer un cercle qui passe par les quatre angles. Ce tracé permet de construire une voute dans une salle ronde grâce au report des diagonales, toujours en utilisant notre corde à noeuds.
Ajoutons aussi que le faire pivoter permet d’obtenir un losange qui peut être utiliser pour la taille de vitraux, la déco … etc.
Le trapèze (dit le : 5/2/3/2) est utilisée pour faire les escarpes
Le rectangle (dit le : 2/4/2/4) est la base même de toute construction, notamment des salles. En utilisant plusieurs fois le principe pour la voute du carré, on peut aussi concevoir une nef.
Tout est entièrement géométrique. La corde à noeud permet à deux bâtisseurs de reporter des angles facilement.
Grâce au triangle 3/4/5, notre triangle rectangle, on obtient des angles de 90°, 37° et 53°. On utilise, entre autres, l’angle de 90° pour s’assurer de la solidité des charpentes. Cela permet aussi de s’assurer mathématiquement de la perpendicularité d’un mûr.
Le triangle isocèle 2/5/5 ( soit 78°, 24°, 78°) correspond à la forme des clochers des Eglises. Il permet aussi par rapport au plan d’obtenir un angle de 102°.
Le triangle équilatéral 4/4/4 a trois côté égaux et sert dans la construction des tours.
Le cercle est la base des salles rondes : on utilise également la corde à noeuds comme un compas en utilisant la boucle de son extrémité sur un axe planté dans le sol. Le cercle est la base de l’hexagone sur laquelle on a reporté les longueurs grâce aux intervalles de la corde. On utilise le cercle pour les décors de sols comme les labyrinthes très prisés pour faire pénitence à genoux. Les demi-cercles sont aussi utiles pour concevoir les arcs dits de plein-cintre.
Pour résumer tout ça simplement un château fort c’est,
- des triangles pour les toits,
- des rectangles pour les tours,
- des trapèzes pour les escarpes,
- des carrés pour les courtines.
Comment bâtit-on au Moyen-âge?
On trace dans un premier temps l’ouvrage au sol, à partir des croquis du maitre d’oeuvre et on constitue ensuite les gabarits en retraçant sur une planche de bois à l’échelle. Avec des formes géométriques simples et des calculs basiques, il semble si facile de réaliser tout cela… pourtant, aujourd’hui encore nous rencontrons des difficultés à construire de cette façon car nous avons perdu ces compétences.
Il existe ainsi des techniques relativement simples pour éviter d’avoir à reprendre des mesures lorsqu’on a du pour des raisons financières laisser un certain temps un chantier à l’abandon. Pour monter par exemple deux piliers à la même hauteur, Honnecourt nous explique qu’il suffit d’utiliser une toise placée à distance égale de la base des deux piliers. On fait pivoter celle-ci d’un pilier vers l’autre : lorsque celle-ci touche le second on sait exactement de combien le rallonger. (voir l’animation sur le site de la B.N.F.).
L’arc brisé est tracé à partir de deux arcs de cercle de même rayon qui se rencontrent à la clef . Il a été un des facteurs de la standardisation de la construction car on peut utiliser les mêmes courbures pour des arcs d’hauteurs et de portée différentes dans une même constructions. Cela permet d’économiser du bois de charpente en évitant de refaire des gabarits qui, pour les plus importants, sont conservés vraisemblablement d’un chantier à l’autre par les artisans.
J’vous invite vraiment à voir les animations proposées sur le lien de la B.N.F. que je vous ai donné, car elles expliquent de façon ludique un certain nombre de choses qui seraient rasoirs si je m’évertuais à les écrire. Il suffit de se rendre ici : http://classes.bnf.fr/villard/pres/index.htm et de vous rendre sur l’onglet exploration.





L'Echope médiévale