Non, ce n’est pas un doublon. Dans mon précédent article déjà fort long, nous avions parlé de la prise d’Antioche par les Croisés… Mais très vite, ces derniers vont passer du statut assiégeants à celui d’assiégés. Sans autre forme de transition donc, rentrons dans le détail. Nous sommes le le 3 juin 1098, Antioche est prise.
Les Croisés sont dans Antioche.
Foulcher de Chartres raconte :
Quand les Turcs aperçurent les Francs courants dans les rues, l’épée à la main, et tuant sauvagement les gens qu’ils rencontraient [...] , ils commencèrent à fuir. Les chrétiens grecs et arméniens qui habitaient la cité se joignirent aux assaillants, transformant la ville en un bain de sang par le massacre de tous les Turcs bloqués par les remparts. A la tombée de la nuit, tout était terminé et les rues étaient couvertes de cadavres [...] à tel point qu’on ne pouvait plus s’y déplacer qu’en marchant sur les corps qui les jonchaient.
Les Croisés ont pénétré dans la ville, et assiègent la citadelle. Le gouverneur de la ville, en fuite, est exécuté par un berger arménien qui rapporte sa tête à Bohémond.
Mais à peine quelques jours après, les Croisés sont assiégés par l’armée de l’Atabeg Kerbogha Mossoul. On estime, d’après le livre Batailles de R. G. Grant, que son armée comprenait environ 75 000 hommes.
Les décisions prises alors sont relatées par Anne de Comnène en ces termes :
Lorsque Kourpagan [ndla : ou encore Corbaran dans les chansons de gestes, il s'agit de Kerbogha ] avec ses innombrables milliers d’hommes arriva au secours de la ville d’Antioche et la trouva déjà prise, il dressa son camp et creusa une tranchée, y déposa ses bagages et décida d’assiéger la place. Mais avant qu’il n’ait pu se mettre à l’oeuvre, les Celtes sortirent de la ville et l’attaquèrent; alors une grande bataille s’engagea entre les deux adversaires.
Les Turcs eurent la victoire, et les Latins se barricadèrent à l’intérieur des portes, fortement pressés, d’un côté, par la garnison de la citadelle (car les barbares en étaient toujours maîtres), de l’autre, par les Turcs qui étaient établis au dehors. Bohémond, en homme habile qui voulait s’approprier le gouvernement d’Antioche, sous le couvert de les conseiller s’adressa de nouveau aux comtes: » Il ne faut pas que les mêmes aient à combattre des deux côtés à la fois contre les ennemis de l’intérieur et contre ceux de l’extérieur; mais divisons-nous en deux groupes proportionnés au nombre des ennemis qui nous assaillent de part et d’autre, et luttons contre eux de cette manière. À moi donc, il reviendra de combattre contre les défenseurs de l’acropole, si cela vous agrée; aux autres, il appartiendra de s’attaquer vigoureusement aux ennemis du dehors. »
Tous se rangent à l’avis de Bohémond. Il se mit aussitôt à l’oeuvre et sur le champ, pour couper du reste d’Antioche l’acropole, construisit en face de celle-ci une contre-muraille transversale qui serait une ligne de défense très forte si la guerre se prolongeait. Cela fait, il se constitua lui-même le gardien vigilant de ce rempart et sans relâche combattit très courageusement contre les ennemis de l’intérieur, chaque fois que l’occasion s’en présentait.
Les autres comtes de leur côté s’étaient occupés avec le plus grand soin de leurs secteurs respectifs, défendant continuellement la ville, veillant sur les mantelets et les créneaux des remparts, afin d’empêcher que les barbares n’en fissent du dehors l’escalade pendant la nuit au moyen d’échelles et ne s’emparassent ainsi de la ville, afin d’empêcher aussi qu’aucun habitant ne se trouvât sur les murs à leur insu et de là ne s’entendît avec les barbares pour livrer la place par trahison.
[ndla : j'ai pris la liberté comme la citation est longue de faire des petits paragraphes, il est évident que ceux-ci ne sont pas d'origine.]
Une bien mauvaise posture.
un Anonyme témoigne :
Ces sacrilèges et ennemis de Dieu nous tenaient si étroitement bloqués dans Antioche que beaucoup mourrurent de faim. Un petit pain se vendait un besant [ndla : le besant est une pièce d'or frappée à Byzance autrement appelé le solidus] ; inutile de parler du vin. On mangeait et on vendait de la viande de cheval ou d’âne; une poule valait quinze sous, un oeuf deux sous, et noix un denier. Tout était hors de prix : la famine était si grande qu’on faisait cuire pour les manger des feuilles de figuier, de vigne, de chardon. D’autres faisaient cuire et mangeaient des peaux desséchées de chevaux, de chameaux, de bœufs, de buffles. Cette anxiété et ces angoisses de toute sorte, qu’il est impossible de rappeler, nous les avons souffertes poue le nom du Christ et pour rendre libre la route du Saint-Sépulcre. Telles furent les tribulations, la famine et les terreurs auxquelles nous fûmes en proie pendant vingt-six jours [...].
L’épisode de la Sainte lance vu par Anne de Comnène
Les Latins, pressés terriblement par la famine et par un blocus sans relâche, vinrent trouver Pierre, leur évêque [ndla : Anne a confondu Pierre l'Ermitte qui a fui le combat avec Adhémar et Pierre Bathélémy qui est le vrai moine visionnaire ici], qui avait été battu autrefois à Hélénopolis, comme on l’a raconté précédemment, et ils lui demandèrent conseil. Il leur répondit: » Vous aviez promis de vous garder purs jusqu’à ce que vous arriviez à Jérusalem, et vous avez enfreint, je crois, votre promesse. C’est à cause de cela que Dieu ne vous aide plus maintenant comme auparavant. Vous devez donc vous retourner vers le Seigneur et pleurer vos fautes dans le sac et la cendre, en prouvant votre repentir dans des larmes brûlantes et des veilles passées en prières. Alors moi aussi je m’emploierai à vous rendre Dieu favorable. » Ils suivirent les recommandations du pontife.
Quelques jours plus tard, celui-ci poussé par une inspiration divine, rassemblait les principaux comtes et leur ordonnait de creuser à droite de l’autel; là, ils trouveraient le saint clou. Ils exécutèrent l’ordre, mais ne trouvèrent rien; ils s’en retournèrent découragés et annoncèrent l’insuccès de leur recherche. Lui, après avoir prié avec plus de ferveur, leur enjoignit de recommencer leur recherche avec plus de soin. Ils exécutèrent l’ordre de nouveau et, quand ils eurent trouvé l’objet cherché, ils coururent l’apporter à Pierre, saisis de joie et de frayeur.
La relique trouvée d’après les visions du provençal serait la lance qui aurait percé le flanc du Christ… Cet évènement va galvaniser les troupes et leur redonner la foi. Plusieurs jours plus tard, Bathélémy eut une autre vision. Saint André exigeait des Croisés de jeûner cinq jours et de se jeter sur les Turcs le sixième.
L’ultime combat du point de vue des Chrétiens.
Les barons, espérant persuader l’Atabeg de lever le siège, envoie Pierre l’Ermite et un traducteur le 27 juin. Le camp turc est divisé : Kerbogha exige une reddition inconditionnelle. Il y aura donc bien bataille. Une fois les armées prêtes, celui-ci hésite, mais les Croisés refusent son messager…
Le 28 juin 1098, ils tentent une sortie derrière Bohémond. Bien qu’inférieurs en nombre, ils menèrent une attaque si importante sur les rives de l’Oronte que les adversaires subissent de lourdes pertes et s’enfuient.
L’ultime combat du point de vue des Turcs.
Il existe une autre version, du point de vue turc, qui atteste que Bathélémy aurait lui-même cacher la lance dans l’Eglise Saint-Pierre. La défaite est elle aussi parfaitement justifiée : le gouverneur de Mossoul était particulièrement mal perçu par ses hommes. Ces derniers ont donc sciemment décidé de laisser le champ de bataille après avoir subi plusieurs vexations de sa part, notamment dans sa manière trop passive de mener le combat. A trop souhaiter attendre une victoire totale en pensant battre d’un seul coup l’armée franque, il s’est finalement mis à dos son propre camp.
Qui a tort, qui a raison … je vous laisse le choix, dans les deux cas le résultat est le même. Pour rappel, le siège a quand même duré d’octobre 1097 à quasiment juillet 1098… Impressionnant non? La bannière franque, et surtout celle de Bohémond, flotte au dessus de la ville. La route vers Jérusalem s’ouvre… Mais pour le moment, nous allons marquer une étape ici.
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Tags: armée féodale, croisades, évènement historique, guerre, histoire médiévale, première croisade

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