Articles tagués ‘courtoisie’

La fin’amor a contribué à renforcer l’éthique vassalique :  les vertus exigées par la femme sont les mêmes que celle exigées du souverain.

En outre la courtoisie semble liée à l’épanouissement de la vie de cour. La cour d’Henri II de Plantagenet et Aliénor d’Aquitaine a favorisé la diffusion de la courtoisie au nord et en Angleterre.   La culture courtoise a aussi connu un essor grandissant à la cour de Poitiers.

Par effet de réception de la littérature, les règles et rites de celle-ci se sont étendus aux maris et aux jeunes filles non mariées. La courtoisie a modifié la manière de prendre femme. Il devient d’usage de précéder le mariage d’une période plus ou moins longue après les « épousailles » durant laquelle on retrouve les comportements caractéristiques de la fin’amor. Autrement dit, on se fait la cour.

Ces valeurs s’étendent progressivement à l’ensemble des courtisans entrainant un raffinement des mœurs.

Malgré cela, la femme est toujours considérée comme un être inférieur à l’homme sur un plan social, juridique et économique.  Les rapports sociaux restent très durs puisqu’elle est soumis à l’autorité du père, du frère puis du mari. Néanmoins, grâce à la courtoisie, la femme est représentée comme ayant la possibilité de dire non et de choisir. Par conséquent les hommes ont dû changer de comportement vis à vis d’elle. La courtoisie est donc un mouvement de promotion de la femme.

Elle est aussi la traduction d’une ouverture monastique : le féminin est reconnu spirituellement. Lorsque l’inspiration courtoise va s’essoufler, elle sera remplacée par le culte à la vierge Marie. En découvrant au XIIème siècle que la femme peut être sujet d’amour, on découvre que celle-ci est un sujet.

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9
oct

La courtoisie : introduction et contexte (3)

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Après avoir présenté l’histoire de la notion de « courtoisie » et ses concepts, il est évident important pour finir de situer celle-ci dans l’Histoire. Dans cette troisième  partie, nous confronterons donc l’idéal courtois à la réalité médiévale.

Il est évident que les textes littéraires ne peuvent pas être traités comme des documents historiques. Ils sont le fruit d’une création de l’imaginaire et ne peuvent être considérés comme miroir du réel.  Un second piège consiste à les interpréter de manière simpliste avec un regard anachronique.

Ils sont réservés au divertissement de l’aristocratie cependant on peut aisément penser que si ce modèle,  créé à un moment historique donné pour un public donné,  a eu autant de succès, il a peut-être été marqué par des tendances de la demande populaire. Ces écrits n’ont surement pas été sans influences du et sur le corps social.

Reflet des divisions sociales

Dans la société médiévale existait un clivage majeur entre les travailleurs et les nobles. La courtoisie a permis à l’aristocratie d’affirmer son identité sociale en renforçant le clivage aristocrate / vilain.  La pratique de l’amour courtois fut en premier lieu un critère de distinction entre les hommes. Cette division se reflète aussi chez les femmes dans la différence entre la dame qu’on courtise et la bergère objet de plaisir.

Au sein de la caste aristocratique, les chevaliers combattent et protègent la société civile, les clercs prient pour le salut des âmes. La courtoisie a permis de se détacher de ce modèle clérical. Les textes courtois ont permis à l’aristocratie chevaleresque d’émerger en culture nouvelle qui exaltait le désir masculin comme féminin. Les clercs qui écrivent ses récits répondent à des commandes. La fin’amor est donc le signe du pouvoir viril et sexuel de la classe chevaleresque.

Une séparation très nette et une communication difficile entre les sexes est notable. Lorsque le garçon a sept ans, il est en âge d’être éduqué. Il est donné au roi ou à son oncle pour faire son apprentissage et devenir chevalier. Les cadets sont destinés à être clercs. L’homme médiéval, pieux, a donc une certaine peur de la femme dont il vit séparé, refoulée par le désir inaccessible.  Cette peur s’exprime par exemple dans les chansons grivoises de Guillaume II d’Aquitaine qui font de la femme un objet.

L’idéalisation de la femme permet de la fuir dans sa réalité concrète. La fin’amor idéalise l’amour masculin qui va jouir de lui-même dans le désir de la femme.  C’est un ennoblissement du désir de l’homme qui ne prend pas en compte celui de la femme.

Par le respect de la femme que prône la fin’amor, se fera un changement progressif des mentalités concernant la femme.

Les pratiques matrimoniales

La déception et la frustration du mariage réel s’oppose à la fin’amor en tant qu’extériorité du mariage.

Toute la société aristocrate est fondée sur le lignage, c’est-à-dire la famille conçue dans le temps . La transmission se fait par l’engendrement d’un fils qui reçoit le nom, la terre et l’héritage de sang de la famille. La stabilité de l’aristocratie est dû à cette institution donc le contrôle de celle-ci est particulièrement sévère. La dimension politique passe avant la dimension sentimentale.

Pour ces mêmes raisons, un mariage peut rapidement être dissous. On trouvait alors un lien de consanguinité et on répudiait l’épouse qui finissait au couvent pour en prendre une plus avantageuse.

A partir du XIIème siècle, l’Eglise a accru son pouvoir sur l’institution en transformant le mariage en saint sacrement en 1152. L’accord des deux époux devient nécessaire. Dans les faits, on ne tenait pas compte des désirs individuels. Généralement, les époux se rencontraient le jour même. Pour le jeune homme, il s’agit de s’établir et de s’affranchir de sa famille. Il n’est pas rare de voir une jeune fille épouser une personne plus âgée (figure littéraire de la mal mariée).

La situation précaire des jeunes

La plupart des jeunes chevaliers étaient en situation précaire puisque seul l’aîné avait une situation assurée. Les autres rentraient dans les ordres ou se mariaient par leurs propres moyens, avec le lot de frustrations qu’on peut imaginer aller avec.

D’une certaine façon, les jeux courtois sont la métaphores de cette rivalité aînés / cadets dans la séduction de la femme d’un autre. Du même coup, cette littérature pose la question de la bâtardise.

Enfin la fin’amor reflète les jeux de pouvoir à la cours. Dès 7 ans l’enfant est placé sous l’autorité du roi ou de son oncle. La dame participe indirectement à l’éducation des jeunes dans une sorte de substitution à la figure maternelle. En les encourageant, elle favorise l’émulsion au sein du groupe.

La littérature courtoise est une transposition d’un modèle pédagogique qui existait : la dame récompense le plus méritant des apprentis.  Ainsi le seigneur profite doublement du zèle de ses chevaliers qui lui doivent obéissance et qui sont au service de sa femme. Cela permet une certaine canalisation de la puissance guerrière des chevaliers qui pourraient mettre en péril la société civile.

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6
oct

Une forme de joute poétique : la tenson

   Ecrit par : Cernunnos   in Scriptorium

La tenson est une discussion poétique entre deux ou plusieurs troubadours qui soutiennent des opinions opposées sur une question donnée.  Les trouvères reprirent ensuite le concept en le nommant jocx partitz (jeu-parti).

Les troubadours défendent tour à tour leur opinion par strophes de même mesure et de rimes semblables. Ces textes peuvent être profondément satyriques.

Les thèmes les plus variées peuvent être traités mais le plus souvent, il s’agit de casuistique amoureuse.

Les troubadours distinguent trois styles de vers dans la tenson :

- le trobar plan ou leu (poésie claire, facile)

- le trobar ric (poésie riche)

- le trobar clus (poésie fermée).

Les deux derniers sont purs raffinements sur une donnée préexistante à laquelle ils n’ajoutent rien.

Le trobar ric est centrée sur les figures de mots et de sons (recherche de mots rares, précieux, allitération et assonance, rimes équivoques, dérivées, intérieures …)

Le trobar clus repose sur un jeu complexe de figures de sens. Il ne faut cependant pas croire qu’il y aurait entre ces trobars une réelle différence dans la conception de l’écriture et son rapport à la langue.

Pour en savoir plus, se référer à R. Dragonnetti dans Le gai savoir dans la rhétorique courtoise. Connexions Seuil p. 70 1982.

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Ce texte est issu en partie d’un cours d’introduction à la littérature médiévale que j’ai eu en fac. J’ai compulsé retravaillé et précisé mes notes de l’époque. Pour rendre le tout plus digeste, j’ai fragmenté ce dernier en plusieurs articles.

Nous parlerons ici de la courtoisie en tant qu’idéal profane, aristocratique.

Il s’agit d’une vertu ou d’un discours produit par la noblesse pour la noblesse. Mais c’est également une doctrine et une représentation de l’amour à travers les textes médiévaux de fin’ amor.

L’histoire de cette notion, modèle culturel polymorphe, va permettre d’avoir une vision globale du Moyen-âge. Définir la courtoisie, c’est comprendre les relations de ce modèle littéraire avec la réalité sociale médiévale, en particulier celle de la condition féminine et la relation homme / femme.

Elle émerge de mutations sociales et économiques, née avec les troubadours du midi puis transférée aux trouvères du nord.

La courtoisie ou cortezia est à la fois un idéal de vie aristocratique et une doctrine de l’amour qui va accorder à la femme une nouvelle place mondaine.

L’expression courament utilisée d’amour courtois date du XIXème siècle, utilisée par Gaston Paris. On trouve une fois cette appellation chez les troubadours, chez Peire d’Auvergne qui parle de corteiz’ amors. On parle plus volontiers à l’époque de « fin’anmor » au sens de pur, ou « bon’ amour ».

Le terme de courtoisie se traduit ainsi :

- Au sens social, c’est l’ensemble des qualités propres du chevalier qui se distingue du vilain par son statut de noble adoubé, du bourgeois citadin. du clerc comme homme d’église. Est courtois celui qui possède différents comportements preuves d’une éducation parfaite, l’habileté aux armes, la tenue vestimentaire.

- Au sens moral, la réputation courtoise et la fin’amor sont deux notions très précises dans la littérature médiévale. Dès Chrétien de Troyes, Gauvain est déclaré « parangon de toute courtoisie » et pourtant il n’est pas fin’amant puisque fidèle à aucune femme.

La cortezia est l’apanage de celui qui aime selon le code de la fin’amor. Elle est un peu moins rattachée à la notion de noblesse sociale : la littérature du midi est moins rigide.

Elle désigne un ensemble de valeurs et de qualités de coeur nécessaires au fin’amant,  nées de l’amour de celui-ci pour sa dame. L’amour y est vu comme source de dépassement de soi.

En revanche, la qualité essentielle de l’homme courtois va être la mesure, le savoir vivre en société.

La courtoisie implique que l’homme courtois ait une vie sociale ordonnée, une manière élégante de se comporter. Etre mesuré, c’est faire un bon usage de la parole, le refus de l’injure et du mensonge.

La mesure suppose un contrôle de soi, de ses désirs par la raison, toujours difficile à conserver.  L’amant doit posséder prix (renommée) et valeur (morale).

La cortezia implique aussi de posséder le joven. Cette notion n’a pas d’équivalent dans la littérature du nord. C’est la jeunesse, la spontanéité. Au nord, la notion qui s’en approche le plus est la largesse : libéralité, générosité.

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