Articles tagués ‘femme au moyen-âge’

Nous savons combien le siècle des Lumières a propagé la désinformation sur l’époque médiévale pour mieux dénigrer la monarchie dans l’opinion et assoir le nouveau mode de gouvernement fruit de la Révolution française. Il est bon nombre de préjugés qui ont la vie dure et qui, encore aujourd’hui, sont toujours d’actualité.Ceux-ci sont tellement ancrés dans l’inconscient collectif qu’aujourd’hui encore la majorité des gens semblent convaincus de leur véracité.En réalité, le droit de cuissage comme la ceinture de chasteté sont des inventions purement modernes. C’est ce que je vais tenter de montrer dans cet article.

La ceinture de chasteté.

Selon la légende, la ceinture de chasteté serait né au Moyen-âge pour empêcher les femmes restées au pays d’être infidèles. C’est une erreur historique flagrante.

Ainsi, Régine Pernoud rapporte les propos d’Anne de Comnène dans  La femme au temps des croisades paru au Livre de Poche :

Il se produisit alors un mouvement à la fois d’hommes et de femmes tel qu’on ne se souvient pas en avoir jamais vu de semblable : les gens les plus simples étaient réellement poussés par le désir de vénérer le Sépulcre du Seigneur et de visiter les Saints Lieux… Ces hommes avaient tant d’ardeur et d’élan, que tous les chemins en furent couverts ; les soldats celtes étaient accompagnés d’une multitude de gens sans armes plus nombreux que les grains de sable et que les étoiles, portant des palmes et des croix sur leurs épaules : hommes, femmes et enfants qui laissaient leur pays.

L’usage veut que la femme suive le mari. Néanmoins, lorsque la défense du royaume ou la santé de la dame ne le permettent pas, celle-ci ne l’accompagne pas. Lorsqu’on part en croisade, on part avant tout pour un pèlerinage en armes mais pour un pèlerinage tout de même ce qui explique le déplacement de la famille complète. Ainsi, Elevire et Godvere, les épouses de Raymond de Saint-Gilles et Baudoin de Boulogne ont pris la route avec eux tandis qu’Adèle, la femme d’Etienne de Blois, est restée  pour veiller sur le grand domaine des comtés de Bois et de Chartres de son époux ainsi que sur ses trois fils mineurs.

Les femmes sont même partie prenante dans le combat, l’Anonyme de la première croisade parle en ces termes du rôle de ceeles-ci dans la bataille de Dorylée : Nos femmes, ce jour là, nous furent d’un grand secours en apportant de l’eau à boire à nos combattants mais aussi en ne cessant de les encourager au combat et à la défense.

Par ailleurs, la première représentation dont nous disposons de cet objet est un dessin de Konrad Kyerser dans un de ces carnets de voyage qui date de 1405. Aucune source ne mentionne l’usage de cet objet avant la Renaissance. A cette période, on l’utilise dans la bourgeoisie pour se protéger du viol lors de longs voyages.

A partir du XVIIIème siècle, les pulsions sexuelles étant largement réprouvées, on en vient à l’utiliser contre la masturbation qui est considérée comme un vice source de maux. On utilise donc cette légende donner une certaine légitimité à cette pratique contemporaine au XIXème siècle. Lorsque la vision de la sexualité va évoluer au XXème siècle, on va conserver cette représentation pour mieux décrier la période médiévale, comme une période archaïque symbole de privation de liberté.

Le droit de cuissage

Désolée pour ceux qui fantasment, mais le droit de cuissage est une pure invention du XVIIIème siècle.

La loi interdit le mariage aux vassaux à moins que le suzerain, ou les suzerains si les deux personnes appartiennent à deux mesnies différentes,  donnent leur autorisation. En effet, la femme va suivre son époux dans sa mesnie et le fruit de leur union appartiendra au suzerain du mari. L’autorisation n’est donc donnée que contre rétribution financière puisqu’un des deux suzerains va perdre son vassal au profit de l’autre. C’est le  formariage. Cette dernière taxe fut parfois appelée cullage, de cullagium, « collecte ».  On imagine forcement dans l’inconscient collectif les dérives des plaisanteries grivoises à ce sujet…

Voltaire, Beaumarchais et bien d’autres qui aimaient beaucoup se moquer de la noblesse, auraient largement diffusé l’erreur et contribué à donner une image de tout puissance violente aux seigneurs… Le « droit de prélassement », le « droit de ravage »  sont des exemples de ces inventions destinées à discréditer l’Ancien Régime et la noblesse… Inventions reprises par nos historiens républicains du XIXème siècle et toujours plus ou moins véhiculées actuellement.

En réalité, le seigneur aurait disposé d’un droit de jambage qui consiste uniquement à placer sa jambe dans le lit des mariés, geste symbolique dont on ne connait pas trop le sens. Une fois ceci fait, il rentre à son domicile laissant l’époux à ses petites affaires. Cet acte serait celui par lequel un émissaire pouvait faire acte d’une union, au nom de son suzerain. On pense qu’il annonçait que le couple était désormais vassal, comme le serait le fruit de leur union.

Et oui, les préjugés ont la vie dure…  On peut se demander pourquoi rien n’est fait à l’heure actuelle pour dénoncer ces images faussement diffusées par le passé. Mais là est un autre débat que je vous laisse le soin de mener éventuellement dans les commentaires. En ce qui me concerne, j’ai ma propre opinion et mon objectif n’est pas de l’évoquer ici. Si la question vous intéresse, procurez-vous pour aller plus loin le livre Le Droit de cuissage : La fabrication d’un mythe, XIIIème – XXème siècle de Alain Boureau, 1995, Albin Michel.

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7
déc

Toilette et soins de beauté médiévaux

   Ecrit par : Le moine   in De Historia

Le Moyen Âge – on l’oublie parfois – s’étend sur près de dix siècles. Au cours d’une si longue période, les goûts et les habitudes ont fatalement évolué, se sont transformés. Faute de pouvoir suivre cette évolution, on s’arrêtera à ce XIII° siècle qui constitue en quelque sorte l’apogée de l’âge médiéval.

Les châtelains aiment à se laver. C’est là un premier point sur lequel il convient d’insister. A peine sorti de son lit, le seigneur se jette dans la cuve de bois remplie d’eau brûlante que les serviteurs ou les meschines (les servantes) viennent d’apporter. Il y barbote avec joie. La présence des femmes ne le gêne pas du tout. La pudeur est une invention très postérieure au Moyen Âge. Le corps humain, dans sa nudité totale, n’a jamais paru choquant. Dans les chansons de geste, on voit souvent des jeunes filles, qui sont parfois les propres filles du baron, déshabiller un chevalier fatigué par une longue course et le baigner de leurs mains dans la cuve. Les cœurs, alors, étaient purs…

Il arrive que le seigneur préfère descendre à l’étuve. Celle-ci est située à l’étage souterrain, à côté des cuisines. Il ne se contente pas d’eau ordinaire. Il lui faut des eaux parfumées aux aromates.

Les femmes, pour leur part, aiment se baigner après le repas. Elles prennent leur bain de compagnie, à deux, trois ou quatre. Pour protéger leur chevelure, elles couvrent leur tête de chapeaux de fleurs, plus gracieux que nos bonnets en matière plastique!

On se relave les mains et la figure au moment du déjeuner. Du haut du rempart, un serviteur appelle tout le monde à table au moyen d’une trompe: il « corne l’eau ». Sur une antique fontaine, on peut lire cette naïve inscription: Faut se laver les mains pour être propre pour aller à table. Ce n’est pas un vain précepte. Il ne viendrait à l’idée de personne de s’asseoir sans s’être au préalable livré à des ablutions. N’oublions pas que les fourchettes sont inconnues et que les mains doivent être nettes.

Parce qu’on se sert beaucoup des doigts pendant les repas et malgré le « doublier » sorte de napperon placé sur la nappe et auquel il s’essuie, le convive ne manque jamais, à la fin du déjeuner, de retourner à la fontaine.

De même, après le souper et avant de regagner leur couche, le châtelain et la châtelaine font une dernière toilette. C’est l’heure choisie pour se laver les pieds car, en dépit du bain quotidien, il est bon de se rafraîchir pour mieux s’endormir.

Sans doute observera-t-on qu’il s’agit là de coutumes en usage dans la classe noble. Mais les autres classes sociales connaissent-elles la propreté? Il serait absurde d’imaginer que les paysans n’aiment pas l’eau. Dans les trop rares inventaires de mobilier qui sont parvenus jusqu’à nous, figurent toujours des cruches et des brocs à eau, des bassines qui servent aussi bien à la toilette qu’à la cuisine. Si la paysanne préfère se laver et se coiffer dans la grande et unique salle au sol en terre battue de leur pauvre logis, son époux aime bien faire ses ablutions en plein air, le torse nu, la chainse (chemise) relevée jusqu’aux cuisses, près du puits ou de la fontaine. En gardant les troupeaux, les bergères se lavent volontiers toutes nues dans l’eau d’un ruisseau.

Et dans les villes? Tout comme au temps des Gallo-romains, les établissements publics de bains ont retrouvé la faveur des gens. Ce sont les étuves. Sait-on qu’à Paris, en 1292, il n’existe pas moins de vingt-six étuves, réparties dans tous les quartiers, pour une population qui ne dépasse pas les 150000 habitants? Elles sont ouvertes tous les jours (sauf le dimanche). A la porte, un crieur annonce que les bains sont prêts. On a le choix entre le bain de vapeur et le bain d’eau chaude, avec rinçage de la tête en supplément. Prix du bain de vapeur: deux deniers (le sixième d’un sou). Bain d’eau chaude: quatre deniers. Ces tarifs sont fixés par le prévôt de Paris qui peut les augmenter s’il y a hausse du prix du bois ou du charbon.

On a souvent affirmé que les étuves servaient de prétexte à des rencontres galantes et que jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes s’y donnaient rendez-vous, y jouaient aux dés et y batifolaient librement. Il est certain que l’existence des règlements de police montre qu’il y a eu des abus. Pour les réprimer, il est décidé à la fin du XIII° siècle que les étuves pourront accueillir soit les hommes, soit les femmes, mais que les établissements mixtes sont interdits. Cela n’empêche pas les étuveurs d’embaucher de jeunes et jolies femmes pour masser les hommes et arranger leur chevelure… On comprend donc pourquoi les étuves ont tant de succès à Paris comme dans toutes les grandes villes du royaume.

Les bourgeois les plus fortunés, les commerçants et les négociants, sans dédaigner les étuves, préfèrent se laver chez eux. Mais l’eau est rare dans les villes et, à moins qu’on ait la chance de posséder un puits dans son jardin, il faut avoir recours aux porteurs d’eau qui, moyennant quelques deniers, fournissent la quantité nécessaire à la toilette.

L’évacuation des eaux usées se fait de la façon la plus primitive: on les rejette dans la rue. Les ruisseaux deviennent ainsi, quand la pente est faible, une source d’infections et d’épidémies. Au XIII° siècle, on s’efforce d’organiser des opérations régulières de vidange et de curage des ruisseaux. Des progrès s’accompliront peu à peu.

Se laver, c’est fort bien, encore faut-il séduire, estiment les contemporains de Saint Louis ou de Philippe le Bel. Voici les conseils que, dans le Roman de la Rose de Jean de Meung, une vieille femme qui a passé l’âge des plaisirs donne à un auditoire féminin: « La femme a pour rôle de séduire et de plaire et, pour plaire, de déployer toutes les séductions. Elle changera souvent de coiffure, elle se teindra et aura toujours dans sa chambre des parfums et des boîtes de fard qu’elle se gardera bien de montrer, où elle trouvera à chaque instant de quoi refaire ses couleurs. »

Parfums et fards ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Châtelaines et bourgeoises, au Moyen Âge, en ont abondamment usé.

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18
nov

L’évolution de la famille au Moyen-âge.

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Au bas Moyen-âge, le modèle de la famille germanique l’emporte progressivement sur le modèle de la famille romaine. On suppose que la réalité sociale a progressivement amené les gens à plus de solidarité dans la famille. C’est l’émergence  chez les nobles du sentiment de lignage.

Eugènes de Rozière, dans Bibliothèque de l’école des chartes - volume 13, 1852,  p. 399, nous dit : « La famille romaine avait pour base la puissance paternelle, pour lien la parenté civile ; la famille germanique reposait tout entière sur la parenté naturelle : l’une était constituée au profit exclusif du chef, l’autre était organisée dans l’intérêt des membres. » Tous les mâles en âge de combattre ont voix au chapitre, même si l’ancêtre garde la direction de la famille.

C’est ainsi qu’émerge la notion de « lignage » particulièrement importante pour la féodalité. Le lignage est un ensemble de personnes, en vie ou décédées,  qui descendent d’un même ancêtre.

Toute l’évolution du concept durant la période médiévale repose sur le passage du lignage étendu au lignage agnatique (qui ne tient compte que des consanguins par les mâles). Ceci évite une trop grande dispersion du patrimoine.  C’est un concept capital pour comprendre la féodalité.  Nous essayerons de revenir ultérieurement sur ce thème.

Revenons plutôt à notre conception de la famille. Elle est , et particulièrement chez la noblesse, le socle des transmissions morales. On transmet à ses enfants par le sang et l’éducation ses qualités de noble. De même, on pratique souvent le même métier de père en fils pour les autres.

Le poids du lignage dans le droit médiéval est particulièrement important dans la mesure où on va constituer progressivement un capital foncier et agraire pour la famille en même temps qu’un capital historique et moral.

On imagine aisément quel put être le poids des pressions sociales sur les jeunes couples à marier au nom de ces mêmes lignages, comme évoqués dans les articles précédents sur les relations entre les hommes et les femmes , et le mariage.

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La fin’amor a contribué à renforcer l’éthique vassalique :  les vertus exigées par la femme sont les mêmes que celle exigées du souverain.

En outre la courtoisie semble liée à l’épanouissement de la vie de cour. La cour d’Henri II de Plantagenet et Aliénor d’Aquitaine a favorisé la diffusion de la courtoisie au nord et en Angleterre.   La culture courtoise a aussi connu un essor grandissant à la cour de Poitiers.

Par effet de réception de la littérature, les règles et rites de celle-ci se sont étendus aux maris et aux jeunes filles non mariées. La courtoisie a modifié la manière de prendre femme. Il devient d’usage de précéder le mariage d’une période plus ou moins longue après les « épousailles » durant laquelle on retrouve les comportements caractéristiques de la fin’amor. Autrement dit, on se fait la cour.

Ces valeurs s’étendent progressivement à l’ensemble des courtisans entrainant un raffinement des mœurs.

Malgré cela, la femme est toujours considérée comme un être inférieur à l’homme sur un plan social, juridique et économique.  Les rapports sociaux restent très durs puisqu’elle est soumis à l’autorité du père, du frère puis du mari. Néanmoins, grâce à la courtoisie, la femme est représentée comme ayant la possibilité de dire non et de choisir. Par conséquent les hommes ont dû changer de comportement vis à vis d’elle. La courtoisie est donc un mouvement de promotion de la femme.

Elle est aussi la traduction d’une ouverture monastique : le féminin est reconnu spirituellement. Lorsque l’inspiration courtoise va s’essoufler, elle sera remplacée par le culte à la vierge Marie. En découvrant au XIIème siècle que la femme peut être sujet d’amour, on découvre que celle-ci est un sujet.

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9
oct

La courtoisie : introduction et contexte (3)

   Ecrit par : Cernunnos   in De Historia

Après avoir présenté l’histoire de la notion de « courtoisie » et ses concepts, il est évident important pour finir de situer celle-ci dans l’Histoire. Dans cette troisième  partie, nous confronterons donc l’idéal courtois à la réalité médiévale.

Il est évident que les textes littéraires ne peuvent pas être traités comme des documents historiques. Ils sont le fruit d’une création de l’imaginaire et ne peuvent être considérés comme miroir du réel.  Un second piège consiste à les interpréter de manière simpliste avec un regard anachronique.

Ils sont réservés au divertissement de l’aristocratie cependant on peut aisément penser que si ce modèle,  créé à un moment historique donné pour un public donné,  a eu autant de succès, il a peut-être été marqué par des tendances de la demande populaire. Ces écrits n’ont surement pas été sans influences du et sur le corps social.

Reflet des divisions sociales

Dans la société médiévale existait un clivage majeur entre les travailleurs et les nobles. La courtoisie a permis à l’aristocratie d’affirmer son identité sociale en renforçant le clivage aristocrate / vilain.  La pratique de l’amour courtois fut en premier lieu un critère de distinction entre les hommes. Cette division se reflète aussi chez les femmes dans la différence entre la dame qu’on courtise et la bergère objet de plaisir.

Au sein de la caste aristocratique, les chevaliers combattent et protègent la société civile, les clercs prient pour le salut des âmes. La courtoisie a permis de se détacher de ce modèle clérical. Les textes courtois ont permis à l’aristocratie chevaleresque d’émerger en culture nouvelle qui exaltait le désir masculin comme féminin. Les clercs qui écrivent ses récits répondent à des commandes. La fin’amor est donc le signe du pouvoir viril et sexuel de la classe chevaleresque.

Une séparation très nette et une communication difficile entre les sexes est notable. Lorsque le garçon a sept ans, il est en âge d’être éduqué. Il est donné au roi ou à son oncle pour faire son apprentissage et devenir chevalier. Les cadets sont destinés à être clercs. L’homme médiéval, pieux, a donc une certaine peur de la femme dont il vit séparé, refoulée par le désir inaccessible.  Cette peur s’exprime par exemple dans les chansons grivoises de Guillaume II d’Aquitaine qui font de la femme un objet.

L’idéalisation de la femme permet de la fuir dans sa réalité concrète. La fin’amor idéalise l’amour masculin qui va jouir de lui-même dans le désir de la femme.  C’est un ennoblissement du désir de l’homme qui ne prend pas en compte celui de la femme.

Par le respect de la femme que prône la fin’amor, se fera un changement progressif des mentalités concernant la femme.

Les pratiques matrimoniales

La déception et la frustration du mariage réel s’oppose à la fin’amor en tant qu’extériorité du mariage.

Toute la société aristocrate est fondée sur le lignage, c’est-à-dire la famille conçue dans le temps . La transmission se fait par l’engendrement d’un fils qui reçoit le nom, la terre et l’héritage de sang de la famille. La stabilité de l’aristocratie est dû à cette institution donc le contrôle de celle-ci est particulièrement sévère. La dimension politique passe avant la dimension sentimentale.

Pour ces mêmes raisons, un mariage peut rapidement être dissous. On trouvait alors un lien de consanguinité et on répudiait l’épouse qui finissait au couvent pour en prendre une plus avantageuse.

A partir du XIIème siècle, l’Eglise a accru son pouvoir sur l’institution en transformant le mariage en saint sacrement en 1152. L’accord des deux époux devient nécessaire. Dans les faits, on ne tenait pas compte des désirs individuels. Généralement, les époux se rencontraient le jour même. Pour le jeune homme, il s’agit de s’établir et de s’affranchir de sa famille. Il n’est pas rare de voir une jeune fille épouser une personne plus âgée (figure littéraire de la mal mariée).

La situation précaire des jeunes

La plupart des jeunes chevaliers étaient en situation précaire puisque seul l’aîné avait une situation assurée. Les autres rentraient dans les ordres ou se mariaient par leurs propres moyens, avec le lot de frustrations qu’on peut imaginer aller avec.

D’une certaine façon, les jeux courtois sont la métaphores de cette rivalité aînés / cadets dans la séduction de la femme d’un autre. Du même coup, cette littérature pose la question de la bâtardise.

Enfin la fin’amor reflète les jeux de pouvoir à la cours. Dès 7 ans l’enfant est placé sous l’autorité du roi ou de son oncle. La dame participe indirectement à l’éducation des jeunes dans une sorte de substitution à la figure maternelle. En les encourageant, elle favorise l’émulsion au sein du groupe.

La littérature courtoise est une transposition d’un modèle pédagogique qui existait : la dame récompense le plus méritant des apprentis.  Ainsi le seigneur profite doublement du zèle de ses chevaliers qui lui doivent obéissance et qui sont au service de sa femme. Cela permet une certaine canalisation de la puissance guerrière des chevaliers qui pourraient mettre en péril la société civile.

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Après avoir défini les notions de courtoisie et de fin’amor, la seconde partie de notre réflexion portera sur la fin’amor et ses concepts.

La clé de voute de l’idéal courtois est un amour adultère et secret.  L’amour courtois va développer tout un jeu d’équivalences entre la structure féodale et le « service d’amour » du chevalier courtois.

Ainsi, la structure qui unit le suzerain à son vassal se retranscrit dans les relations hommes/femmes, et plus particulièrement dans la relation dame / amant dont elle est le modèle. La dame est toujours socialement supérieure au fin’amant, qui lui doit les mêmes obligations qu’au suzerain.

Le fin’amant doit prouver sa valeur et son amour à sa dame en accomplissant son devoir. La dame lui accorde progressivement un regard, puis un baiser, jusqu’à ce qu’il obtienne sa « merci » (pitié) et qu’elle cède à ses avances.

Mais avant cela, elle l’aura soumis à l’assage, l’ultime épreuve de constance de soi pour le fin’amant. Il s’agit de partager pendant une nuit le même lit, nus, sans réaction déplacée. L’amant va ainsi montrer sa maitrise de soi et son respect pour la dame.

Pendant tout le temps que va durer la cour, l’amant va éprouver le joy qui correspond à l’exaltation amoureuse, à la joie de désirer. Cette jouissance provoque la tension dans l’attente du désir. C’est un sentiment amoureux pur qui ne fait pas de l’acte une fin en soi mais qui le sublime à travers le sentiment.

L’amour élaboré par les troubadours va muter vers un amour proche de celui qu’on réserve à Dieu. La dame va devenir un objet d’anoblissement.

Ainsi, dans Lancelot et le chevalier à la Charrette, on note une transposition du modèle courtois aux actions religieuses. Les images religieuses servent ici un propos qui est le contraire d’un discours religieux, elles illustrent un message du désir. On assiste à une subversion du religieux en même temps qu’à l’expression de perfection vers laquelle il cherche à tendre.

L’amour courtois est l’amour raisonné d’un homme le plus valeureux avec la plus belle des femmes. Il n’a pas pour finalité le mariage. C’est un amour idéalisé, profondément éloigné de la réalité médiévale… ce que nous tacherons de montrer dans un troisième article sur le sujet.

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