Articles tagués ‘fin’amor’

La fin’amor a contribué à renforcer l’éthique vassalique :  les vertus exigées par la femme sont les mêmes que celle exigées du souverain.

En outre la courtoisie semble liée à l’épanouissement de la vie de cour. La cour d’Henri II de Plantagenet et Aliénor d’Aquitaine a favorisé la diffusion de la courtoisie au nord et en Angleterre.   La culture courtoise a aussi connu un essor grandissant à la cour de Poitiers.

Par effet de réception de la littérature, les règles et rites de celle-ci se sont étendus aux maris et aux jeunes filles non mariées. La courtoisie a modifié la manière de prendre femme. Il devient d’usage de précéder le mariage d’une période plus ou moins longue après les « épousailles » durant laquelle on retrouve les comportements caractéristiques de la fin’amor. Autrement dit, on se fait la cour.

Ces valeurs s’étendent progressivement à l’ensemble des courtisans entrainant un raffinement des mœurs.

Malgré cela, la femme est toujours considérée comme un être inférieur à l’homme sur un plan social, juridique et économique.  Les rapports sociaux restent très durs puisqu’elle est soumis à l’autorité du père, du frère puis du mari. Néanmoins, grâce à la courtoisie, la femme est représentée comme ayant la possibilité de dire non et de choisir. Par conséquent les hommes ont dû changer de comportement vis à vis d’elle. La courtoisie est donc un mouvement de promotion de la femme.

Elle est aussi la traduction d’une ouverture monastique : le féminin est reconnu spirituellement. Lorsque l’inspiration courtoise va s’essoufler, elle sera remplacée par le culte à la vierge Marie. En découvrant au XIIème siècle que la femme peut être sujet d’amour, on découvre que celle-ci est un sujet.

Post to Twitter

6
oct

Une forme de joute poétique : la tenson

   Ecrit par : Cernunnos   in Scriptorium

La tenson est une discussion poétique entre deux ou plusieurs troubadours qui soutiennent des opinions opposées sur une question donnée.  Les trouvères reprirent ensuite le concept en le nommant jocx partitz (jeu-parti).

Les troubadours défendent tour à tour leur opinion par strophes de même mesure et de rimes semblables. Ces textes peuvent être profondément satyriques.

Les thèmes les plus variées peuvent être traités mais le plus souvent, il s’agit de casuistique amoureuse.

Les troubadours distinguent trois styles de vers dans la tenson :

- le trobar plan ou leu (poésie claire, facile)

- le trobar ric (poésie riche)

- le trobar clus (poésie fermée).

Les deux derniers sont purs raffinements sur une donnée préexistante à laquelle ils n’ajoutent rien.

Le trobar ric est centrée sur les figures de mots et de sons (recherche de mots rares, précieux, allitération et assonance, rimes équivoques, dérivées, intérieures …)

Le trobar clus repose sur un jeu complexe de figures de sens. Il ne faut cependant pas croire qu’il y aurait entre ces trobars une réelle différence dans la conception de l’écriture et son rapport à la langue.

Pour en savoir plus, se référer à R. Dragonnetti dans Le gai savoir dans la rhétorique courtoise. Connexions Seuil p. 70 1982.

Post to Twitter

Après avoir défini les notions de courtoisie et de fin’amor, la seconde partie de notre réflexion portera sur la fin’amor et ses concepts.

La clé de voute de l’idéal courtois est un amour adultère et secret.  L’amour courtois va développer tout un jeu d’équivalences entre la structure féodale et le « service d’amour » du chevalier courtois.

Ainsi, la structure qui unit le suzerain à son vassal se retranscrit dans les relations hommes/femmes, et plus particulièrement dans la relation dame / amant dont elle est le modèle. La dame est toujours socialement supérieure au fin’amant, qui lui doit les mêmes obligations qu’au suzerain.

Le fin’amant doit prouver sa valeur et son amour à sa dame en accomplissant son devoir. La dame lui accorde progressivement un regard, puis un baiser, jusqu’à ce qu’il obtienne sa « merci » (pitié) et qu’elle cède à ses avances.

Mais avant cela, elle l’aura soumis à l’assage, l’ultime épreuve de constance de soi pour le fin’amant. Il s’agit de partager pendant une nuit le même lit, nus, sans réaction déplacée. L’amant va ainsi montrer sa maitrise de soi et son respect pour la dame.

Pendant tout le temps que va durer la cour, l’amant va éprouver le joy qui correspond à l’exaltation amoureuse, à la joie de désirer. Cette jouissance provoque la tension dans l’attente du désir. C’est un sentiment amoureux pur qui ne fait pas de l’acte une fin en soi mais qui le sublime à travers le sentiment.

L’amour élaboré par les troubadours va muter vers un amour proche de celui qu’on réserve à Dieu. La dame va devenir un objet d’anoblissement.

Ainsi, dans Lancelot et le chevalier à la Charrette, on note une transposition du modèle courtois aux actions religieuses. Les images religieuses servent ici un propos qui est le contraire d’un discours religieux, elles illustrent un message du désir. On assiste à une subversion du religieux en même temps qu’à l’expression de perfection vers laquelle il cherche à tendre.

L’amour courtois est l’amour raisonné d’un homme le plus valeureux avec la plus belle des femmes. Il n’a pas pour finalité le mariage. C’est un amour idéalisé, profondément éloigné de la réalité médiévale… ce que nous tacherons de montrer dans un troisième article sur le sujet.

Post to Twitter

SEO Powered by Platinum SEO from Techblissonline